Art Melody : le rap au-delà des mots
Il n'est pas toujours nécessaire de comprendre une langue pour saisir le sens des mots prononcés. Art Melody est burkinabé. Il rappe en Mooré et en Dioula, deux langues que peu maitrisent. Et pourtant, son rap politique et intimiste touche immédiatement au cœur. Découvert au pays par des réalisateurs bordelais, il sort un 1er album qui ne laissera personne indifférent...
Art Melody a 30 ans. Et comme beaucoup d'autres artistes hip-hop, il puise son inspiration dans son quotidien. Et quand on traduit ses textes en français, les thèmes ne sont pas si différents de ceux des rappeurs français. Sur Politika Yiinga feat Natcool, par exemple, il rappe : « Si nous souffrons trop c'est parce que nous ne sommes pas unis. Si nous n'avons pas le même langage pour dire non à ceux d'en haut, que ceux d'en bas en ont marre d'eux , c'est pour cette raison qu'ils nous pillent sans cesse. » Pourtant, le parcours d'Art Melody est bien atypique. Le hip-hop explose sur le continent américain, comme presque partout ailleurs, au début des années 90. Il a alors 18 ans quand il écrit ses premiers textes. Le jeune adolescent originaire du Burkina Faso participe avec frénésie à des battles organisés en côte d'ivoire.
Mais la vie est rude
et Art Melody rêve d'un avenir meilleur pour lui et toute sa famille. Il décide
donc de rejoindre la terre promise, l'Europe. Commence alors un très long
voyage avec, comme but ultime, le passage en clandestin par l'Espagne. Il
traverse à pieds le Mali, le Sénégal, la Mauritanie, le Sahara. Quand il
arrive, épuisé, en Algérie, c'est pour se faire rapatrier dans son pays d'origine.
Mais en chemin, l'apprenti rappeur a rencontré de nombreux camarades et a posé
aux côté des
maliens de Fangafing ou avec le groupe sénégalais Pacotille. En 2003, il se
retrouve donc à nouveau au Burkina Faso et son envie de rapper le pousse à
monter son propre groupe de rap, IBM ( Ideal Black Mouvement) qui deviendra
Barka Buudu (génération bénie), un groupe qui mélange phrasé rap et musique
traditionnelle.
Inspiré par Tiken Jah fakoly, Faso Kombat, Blacko, Iam ou Awadi du Positive Black Soul, Art Melody fait une étonnante rencontre en 2008, dans les rues de Ouagadougou. Deux jeunes réalisateurs sont en voyage pour monter un documentaire sur le quotidien des hommes et des femmes au Burkina. La personnalité toute particulière du rappeur leur inspire un beau portrait.
Portrait d'Art Melody extrait du film Tamani de Nicolas Guibert et Sébastien Gouverneur.
http://vimeo.com/5079023
Un an plus tard, Nicolas revient au pays avec, dans ses bagages, un
beatmaker bordelais, Minimalkonstruction. Le but est simple, ils veulent
construire et enregistrer le rap d'Art Melody pour sortir son 1er
album et le diffuser en France. Avec les moyens du bord, la fine équipe met
tout en boite en deux semaines dans les quartiers de Kolonaba et Tanpui à
Ouagadougou. L'album, disponible sur son myspace depuis début septembre,
commence à faire son petit bonhomme de chemin.
Art Melody sur My Space : http://www.myspace.com/artmelodyrecords
Mais musicalement, ça donne quoi ? Un flow rugueux, rapide, puissant, qui porte en lui une certaine urgence et qui lorgne parfois du côté du reggae. Mélangeant beats hip-hop assez darks, soul profonde, funk dansante et, bien entendu, percussions et sonorités africaines, Art Melody jongle avec les styles tout en offrant à son album sans nom de 10 titres (chez Tentacule Records) une parfaite homogénéité. Il est impossible d'expliquer pourquoi ce rap, pourtant en Mooré et en Dioula, parle et touche. Comment il est possible d'entendre son combat pour une vie meilleure derrière des mots qu'on n'a pourtant jamais entendu avant. Pour Art Melody, le RAP, c'est la Révolution Africaine Promise. Et lui est un merveilleux magicien du rap...
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