Et si on appelait ça le rapunk…
Rock et rap, c'est pas vraiment les meilleurs copains du monde ! Oui, bien sûr, il y a eu le fameux Walk This Way qui mariait Run DMC à Aerosmith en 1986 ou la reprise de The Way I Am par Marylin Manson et Eminem en 2001... Mais il n'est pas encore né le rappeur qui portera slims et tee-shirts tête de mort ou le rockeur qui adoptera le baggy.
Oui, c'est un peu cliché, j'avoue. Parce qu'en vérité, dans la famille fusion ou plutôt ce que l'on appelle l'alter-rap (ou rap alternatif), ils sont assez nombreux ceux qui piochent dans les deux styles musicaux. Et qui, du coup, sont inétiquettables !
Parmi les plus talentueux, on trouve Everlast côté américain. Qui vient de sortir un magnifique Love, War and The Ghost Whitey Ford. Ce new-yorkais qui frôle la quarantaine est tout ce qu'il y a de plus mythique. Tout d'abord parce qu'après avoir été un graffeur, il a débuté avec la crème du Hip-Hop en intégrant le collectif d'Ice-T, Rhyme Syndicate, à la fin des années 1980. Un échec autant critique que commercial qui pousse le MC à former son propre groupe en 1990, House of Pain. Le groupe mélange gros rock qui claque et hip-hop aux samples travaillés. Un must en la matière. Quand sort leur premier album éponyme en 1992, le single Jump Around se classe immédiatement parmi les classiques du Hip-Hop. Dés lors, Everlast, alias Erick Schrody, n'aura de cesse de porter au plus haut ce mélange de blues, de rock et de hip-hop. Son côté irlandais, peut-être, mais surtout son côté guitariste, le poussent vers une musique rugueuse, sombre qui colle parfaitement avec un timbre grave et voilé que n'aurait pas renié Johnny Cash. Ses deux premiers albums solos, Forever Everlasting et Withey Ford Sings The Blues avaient ravi par leur ingénieux mélange de folk, country et hip-hop.
Puis il avait plus ou moins joyeusement reproduit la formule avant de disparaître, atteint par des problèmes de santé. Love, War and The Ghost Whitey Ford signe donc le grand retour du bluesman urbain. Créant un nouveau son en amenant de nouveaux instruments (guitare électrique, claviers Moog, Farfisa...) mais aussi en les triturant au max en studio avec des filtres et des effets, Everlast a réussi l'exploit de réellement se renouveler. Il est sûrement le seul rappeur à pouvoir reprendre le Folsom Prison Blues de Johnny Cash sur un sample de Insane In The Brain de Cypress Hill et en faire un morceau aussi jouissif. Le MC aux allures de vieux cowboy signe alors un opus brut et puissant qui fera forcément date.
Côté français, on est plutôt du côté de la gaudriole pour la fusion. Regardez les Svinkels. Les Beastie Boys français sont au moins aussi sales gosses et politiquement incorrect que leurs collègues américains. Ca fait aujourd'hui onze ans que Gérard Baste, Nikus Pokus, Mr. Xavier et DJ Pone distillent leur savant mélange aux vapeurs alcoolisées. Un breuvage doux-amer millésimé Hip-Hop avec toujours ce fort arrière goût de punk-rock. Trois albums à leur actif et le dernier démontre bien à quel point le trio de MC ne se prend pas du tout au sérieux : « Le Dirty Centre, ce serait un pays entre la France et les Etats-Unis, dont le président est Snoop et où tous les soirs à 20h il y aurait Turbo à la télé. » Difficile de les prendre au sèrieux avec des morceaux comme Du PQ (pour mon trou-trou) ou C'est Des Cons, où le groupe insulte copieusement une partie de son public : « Foutre de la merde dans leurs oreilles, c'est pareil. On peut jamais se la jouer fine, ils aiment que quand ça bourrine. [...] On a le meilleur public du monde qui tombe toujours dans le coma. On fait sall comble parce qu'ils reviennent pour se rappeler de la dernière fois. »
Pourtant, il faut l'avouer, les Svinkels sont une belle bouffée d'air frais dans un paysage Hip-Hop français qui pourrait bien se scléroser à force de refuser l'ouverture. Et sur scène, c'est juste une tuerie ! Entre show à l'américaine, accompagnée de pom-pom girls et ambiances de bars-PMU, les rappeurs super énergiques accompagnent leur flow impeccable d'une nouvelle formation totalement furieuse, le Dirty Centre Orchestra (guitare/basse/batterie/claviers). Un peu de poil à gratter, ça fait jamais de mal, non ?
(*) Les Svinkels en concert : http://www.myspace.com/svinkels
A lire aussi dans les pages de rap addict, lady caprice et sur les sites de waxx-music.com/ et street-tease.com/...

Je conseille à tous d'écouter CRASS, groupe mythique qui a fondé le mouvement peace and anarchy à partir de 1978 (avec des groupes comme Conflict,Flux of pink Indians...).
Le phrasé de Steve Ignorant le chanteur est très Rap cockney mais ce sont des punks anti-militaristes à la base...
allez voir sur Youtube ou myspace
Nick
http://www.bhmagazine.fr/Musique/Chronique_Mai08?PHPSESSID=3585a7cae4e25f0f08bace3c03f150f8
www.myspace.com/mc2eastsidehopcore