Le groove, c'est grave ?
Je ne suis pas un ardent défenseur de la langue française, je maîtrise moins que médiocrement le plus que parfait du subjonctif et il m'arrive de douter piteusement devant un participe passé vicelard. Pourtant, j'ai souvent tenté d'éviter l'emploi abusif de mots anglo-saxons dans les articles. Non par chauvinisme académique mais plutôt par naïf souci d'être compris. Ce qui posait parfois quelques problèmes pratiques : comment traduire « riff killer » (séquence d'accords de guitare électrique particulièrement exaltante et souvent employée dans le rock) ou « rap » (poésie rythmée, scandée sur une musique enregistrée en boucle) sans passer pour un linguiste tatillon ou un journaliste à Télérama. Je me souviens d'avoir rencontré quelques problèmes avec un rédac-chef qui croyait que l'expression « faire une balance » avait un rapport avec une quelconque délation ou confondait Clash et Johnny Cash. Je ne vous raconte pas les péripéties pour faire admettre « funk » ou « sampler »...
Et puis, un jour, est arrivé le mot « groove ». Aïe, c'est quoi ça ? Au début, fastoche, suffisait de traduire par « swing », expression consensuelle depuis Lionel Hampton et Charles Trénet. Et puis c'est vite devenu ringard, d'autant que le mot s'est appliqué peu à peu à un style de musique, de préférence syncopé et dansant. Mais faut pas confondre : si le terme peut convenir chez nous à, disons Sinclair ou Mathieu Chédid, il sied mal à Marcel Azzola ou à La Compagnie Créole.
Dans un bouquin très sérieux (et en anglais) intitulé « Keys terms in popular music and culture », le musicologue Richard Middleton propose cette définition érudite : « Le concept de groove marque une compréhension du flot et de la texture rythmique et souligne son rôle en produisant une sensation et une dynamique particulière au morceau. » Brillant, mais pas facile à caser dans un papier. Préférons la traduction littérale qui signifie « s'amuser, s'éclater ». Donc, le groove, c'est fun. Et vachement cool.
Dans le temps on disait « ça balance à mort » ou « ça dégage un max », aujourd'hui on préfèrera affirmer que « ça groove grave ». Nougaro groovait, pas Léo Ferré. Manu Chao ou Rita Mitsouko peuvent groover, pas Maxime Le Forestier ni Francis Cabrel. Le rap ou le rock groovent, la chanson française, pas vraiment. BB Brunes, ok, Renan Luce, désolé. C'est comme ça. La sémantique, c'est comme la pop music : vraiment fantastique.
Qu'il y a de la joie dans le groove c'est un fait, mais c'est une joie organique, profonde, qui vous pénêtre les tripes par sa vibration et sa sensualité, ce qui donne envie de bouger dans tout les sens. Que croyez vous? les blacks aux états unis dans les années 60 étaient dans une position de légerté et de détente? Por eux cette musique était une question de survie, une façon de sortir de leurs prison. Et la forme de cette expression était positive et énergique. Aujourd'hui encore on peus trouver des groupes qui Groovent fabuleusement. Alors moi j'en ai marre de ces pop rockeur branleur qui voient la musique à travers leurs neurones. Ce qui est très incidieux avec ce genre d'articles c'est qu'il surfe sur la grande confusion qu'il y a actuellement dans la musique en général. Comme de toutes façons on ne sait plus quoi est quoi, il est très facile de démonter. Les Français n'ont pas de réelle culture musicale, ce qui explique leurs frustrations. Les Anglo saxons qui ont cete culture, vont toujours reconnaitre la qualité , même si c'est un genre qui ne leurs plait pas ou qui est détourné. Moi qui ne m'intéresse pas à bashung ou à Léonard Cohen je reconnais totalement leurs talents. Bref, j'en ai marre d'écrire, que ce mec arrête de nous polluer avec ses articles nombrilistes sans intérêt. Recycle toi mon vieux, ce sera mieux pour tout le monde!