Les bardes à papa
Qu'est ce qu'on raconte, dans les chansons ? La plupart du temps (98 % ?) qu'on est triste parce qu'elle (ou il) nous a quittés, qu'elle (ou il) ne nous aime plus, et pourtant ses yeux sont comme les étoiles dans le ciel, son corps est une liane souple et sauvage et ses cheveux des fils de lin qui virevoltent dans la bise, même qu'on serait prêt (e) à tout pour qu'elle (il) revienne, lui offrir des perles de pluie, et tiens, s'il le fallait, être l'ombre de son chien. Donc, à priori, on parle d'amour. Celui avec un A majuscule, qui fait chanter les blondes et danser le monde.
Certes, mais l'amour, ça n'est pas que ça. On peut en varier les sujets et les plaisirs, par exemple dédier une chanson à sa chienne (« Zaza », Thomas Fersen) voire à son cheval (« Stewball », Hugues Aufray) ou sa mouche (« Mireille », Dick Annegarn), à son pays (« Douce France », Trénet) ou à sa région (« Made in Normandie », Stone et Charden), aux paupiettes de veau (« Paulette », Les Charlots) ou aux filles qui travaillent à la chaîne (« Le Playboy », Dutronc), au son du cor le soir au fond des bois ou à la musique qui-vient-de-là-qui-vient-du-blues. Bref, y'a de quoi faire.
Curieusement, il est un amour qu'on évoque peu dans les chansons, celui qu'on voue à ses géniteurs. Si les mamans ne sont pas trop mal servies (on ne va pas en dresser le menu ici), les papas, eux, n'ont droit qu'à de rares hommages. Depuis Victor Hugo et son héros au sourire si doux, et, disons, Daniel Guichard et son « vieux » (ah, Goldman aussi, qui en 1976 a enregistré un morceau intitulé « C'est pas grave papa »), on ne se bouscule pas au portillon de la célébration paternelle. On se souvient bien sûr de Barbara et de son émouvant « Nantes », et, en cherchant un peu, on dégottera Linda Lemay, Maïdi Roth, Amel Bent ou Chimène Badi qui toutes ont chanté la gloire ou l'absence de leurs pères. Rien que des femmes. Comme si les artistes masculins ressentaient pudeur et gêne à aborder un tel œdipien sujet.
Etienne Daho n'en a eu que plus de mérite, dans son dernier album « L'Invitation », à dédier une chanson à un père disparu, qu'il a peu connu. Ça s'appelle « Boulevard des Capucines », et, de l'aveu même d'Etienne, le texte est venu en partie d'une lettre adressée par Daho père à Daho fils. C'est simple, digne et beau. Triste aussi. Et même si c'est perso, ça parle à tout le monde, preuve que c'est réussi. On dira ce qu'on voudra, mais parfois ça a du bon, la chanson de papa.
Loic Lantoine a poétisé 'cosmonaute' pour son père
Keith Urban : 'Song for dad'
Cat Stevens 'father and son'
qui dit mieux ?
Calogero - Si seulement je pouvais lui manquer
Et un groupe moins connu sur les ondes, avec des textes un peu "spéciaux" mais très bons au demeurant :
Red Cardell - A tous les hommes
http://www.dailymotion.com/group/bense/video/x69u4g_mon-frere-bense_music