Sid était il vraiment vicious ?
Revu hier soir, sur une chaîne du câble, « L'obscénité et la fureur », un film de Julien Temple qui retrace la carrière fulgurante des Sex Pistols. Et évoque largement, bien sûr, la personnalité de Sid Vicious, l'icône junkie, mort d'une overdose le 2 février 79, à l'âge de 21 ans.
John Simon Ritchie, c'était son vrai nom, tenait son sobriquet du... hamster de Johnny Rotten, prénommé Sid et enclin à mordre la main qui le caressait. Deuxième bassiste des Sex Pistols, Sid Vicious fut surtout utile à l'image du groupe plus qu'à sa musique : sa tenue scénique, silhouette longiligne, torse nu sous un perfecto déchiré, était plus spectaculaire que son jeu de basse, plutôt sommaire. Le genre de type capable de se faire taillader le visage sans broncher par une canette de bière et, l'instant d'après, d'exploser à coup de basse la tronche d'un spectateur excité. On prétend même que c'est lui qui inventa le pogo, la danse-bousculade punk, en sautant en l'air lorsqu'il était spectateur, pour tenter d'apercevoir les groupes. Après la séparation des Pistols, Vicious fut accusé du meurtre de sa petite amie, Nancy Spungen, puis retrouvé mort quelques mois après. L'histoire, style romance punk, est fort bien racontée dans le film d'Alex Cox « Sid and Nancy », avec l'extraordinaire Gary Oldman dans le rôle de Sid.
Mais le film de Julien Temple, « L'obscénité et la fureur », offre une dimension en plus, celle de la véracité, du vécu, du témoignage sur le vif. Encore étudiant, Temple s'était acheté une caméra quand d'autres se payaient une guitare, et a souvent filmé les Sex Pistols, sur scène comme dans la vie (plus tard, il réalisera un long métrage avec eux, « La grande escroquerie du rock'n'roll », dans lequel Vicious interprète la fameuse version de « My way »). Derrière l'obscénité et la fureur, les grimaces, crachats, mutilations et provocations en tous genres, on y découvre un Sid Vicious presque attendrissant, une sorte de grand gamin paumé et dépassé par les évènements. Un ado déjà cramé mais qui, malgré le slogan « no future » à la mode à l 'époque, ne peut s'empêcher de faire des projets d'avenirs : « je ne vais pas rester junkie toute ma vie... » Une victime, à la douleur résignée, loin de la réputation de brute écervelée qui fut la sienne. Un martyr du rock ? Sans doute, quelque part entre Brian Jones, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Ian Curtis ou Curt Cobain. Trop fort, trop vite.

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