Si Kent m'était conté
C'est quand même une drôle d'idée de se choisir pour pseudo scénique une marque de clopes. Remarquez, Marlboro ou Chesterfield, ça sonne moins bien. Et puis Kent, c'est aussi le nom d'un comté d'Angleterre, pays dont la musique a largement influencé notre héros. Hervé Despesse, alias Kent Cokenstock (là, c'est piqué à Tintin) s'est illustré, vers 1977, au sein d'un groupe lyonnais intitulé Starshooter. Les plus âgés d'entre nous se souviendront sans doute de « Betsy Party », « Get Baque » et autres « Quel bel avenir », mini-tubes trépidants de ces Clash à la française, qui préféraient les pantalons en vinyle aux épingles à nourrice et la BD ligne claire aux grafittis punks.
Donc Starshooter, avec notre homme Kent au micro (à l'époque il se faisait appeler Hutchinson, une marque de pneus, faut suivre...), batifola le temps de trois ou quatre albums vitaminés et fruités, avant de disparaître dans le grand purgatoire de la new wave frenchie qui délaissa, l'ingrate, les guitares pour les synthés. Sauf que Kent n'avait pas plaqué son dernier accord. Non content de publier des bandes dessinées (un sacré coup de crayon pour un rocker), et quelques bouquins destinés aux grands enfants et aux jeunes adultes, notre rebelle trans-genres se mit à faire de la chanson française. « Juste quelqu'un de bien » ou « J'aime un pays », c'était encore lui. Depuis, il continue de publier avec une entêtante régularité des disques aussi soignés que discrets, tout en écrivant parfois pour les autres ( Enzo Enzo, Johnny, Enrico ou Dave). Le tout dernier opus, « L'Homme de Mars », une ambitieuse comédie musicale futuro-philosophique qui emprunte autant à H.G. Wells qu'à David Bowie, à « Star Trek » qu'aux « Voyages de Gulliver », est sans doute destiné à devenir un disque culte, si l'on en juge par l'incompréhension des programmateurs de radio et l'effroi des producteurs de concerts.
Oui mais voilà, Kent n'a nulle envie de devenir le dernier du culte. Alors, en compagnie du multi-instrumentiste et chef de big band Fred Pallem, le voilà qui réenfourche sa guitare (comme les sorcières leur balai), pour une tournée panoramique à travers nos contrées. Un périple à deux grattes pour retracer trente ans de carrière, tels Don Quichotte et Sancho Pança unis contre les moulins à vent du show biz. L'occasion de (re)découvrir, dans le plus simple mais efficace appareil, l'un des meilleurs songwriters de chez nous. Juste quelqu'un de mieux...
Kent en concert, infos sur http://kent.artistes.universalmusic.fr/

