Rock'n'rôles, ou le rock à l'opéra
Ils ont été ovationnés, paraît-il. Hier soir, était donnée au théâtre du Châtelet à Paris la première mondiale de « Welcome to the voice », un opéra qui mélange chanteurs lyriques et stars de rock, comme Sting ou Elvis Costello. La pièce, genre comédie musicale, écrite par le musicien britannique Steve Nieve (ex Attractions et pianiste, entre autres, d'Alain Chamfort, Vanessa Paradis et Costello) et sa compagne Muriel Teodori, raconte l'histoire d'un ouvrier qui tombe amoureux d'une cantatrice (ça rappelle un peu le film « Diva », non ?), malgré l'hostilité d'un méchant flic.
On peut trouver ça incongru, Sting et Costello poussant la vocalise en compagnie de professionnels de l'art lyrique, mais ce n'est pas la première fois qu'on assiste à ce genre de croisement à priori contre-nature. Outre le duo Freddie Mercury et Montserrat Caballé, le grand Pavarotti lui même a jadis enregistré des disques en compagnie dudit Sting et d'autres copains binaires comme Bob Geldof, Mike Olfield, Bryan Adams, Tracy Chapman, George Michael, Aaron Neville, Zucchero ou... Patricia Kaas.
Quant à la notion d'opéra, elle existe tant bien que mal dans le rock depuis des décennies. Les premiers à avoir employé le terme sont les Who, avec leur album « Tommy » en 1969. Depuis, on a eu droit à moult tentatives discographiques du genre, des Kinks (« Preservation Act ») à Madonna (« Evita »), en passant par Pink Floyd (« The Wall ») et même Paul McCartney (« Give my regards to Broadstreet »). Sans oublier les spectacles estampillés « opéras rock », style « Hair », « Jésus Christ Superstar », « La Révolution française » (un truc très kitch, en 1973, avec Martin Circus, les Charlots, Antoine et Bashung...), « La légende de Jimmy », ou même l'incontournable « Starmania ». Aujourd'hui, les producteurs du « Roi Soleil » et autres « Dix commandements » nous ont concocté un « Mozart rock » qui devrait faire se retourner le pauvre Wolfie dans sa tombe.
Vive le rock, vive l'opéra ! Des décibels sous les lambris, pourquoi pas... Mais on ne peut s'empêcher d'y trouver un étrange paradoxe, à l'heure où le mp3 a remplacé le disque, où les compilations bricolées sur ipod ont signé la mort des albums, où l'on glane des titres de ci de là au lieu d'écouter une oeuvre en entier, avec son début, son milieu et sa fin. L'opéra saucisson, drôle d'opération.

