Les Fab à la fac !
"T'as choisi quoi comme option ? » « Ben, j'ai hésité entre Rolling Stones et Doors, et finalement, j'ai pris le master Beatles » Ce dialogue entre étudiants studieux ne relèvera peut-être bientôt plus de la science fiction. En tous cas, au Royaume Uni, c'est déjà presque la réalité. L'université Hope de Liverpool, la cité dont sont originaires qui vous savez, vient en effet de créer une nouvelle maîtrise intitulée « Les Beatles, musique populaire et société » : un module de douze semaines de cours, aboutissant à un mémoire final. Il paraît qu'il existe plus de 8000 ouvrages consacrés aux Fab Four à travers le monde, et les responsables de la fac liverpuldienne ont jugé qu'il était temps d'inventer un diplôme beatlesien. Docteur ès Beatles, ça sonne bien, mais on se demande à quoi diantre ça pourra bien servir, à part faire encore un peu de pub pour la ville, qui s'enorgueillit déjà d'un hôtel Beatles, d'un circuit touristique Beatles et de la reconstruction à l'identique de la Cavern, l'historique club dans lequel nos héros ont débuté.
Remarquez, moi qui ai jadis
plutôt tâtonné dans le choix de mes études « supérieures », ça
m'aurait bien arrangé. D'autant que j'ai passé une partie de mon adolescence à
scruter les pochettes des disques des Beatles, à déchiffrer les textes de leurs
chansons, à les écouter à l'envers pour y dénicher des messages subliminaux, à
me demander si Paul était toujours vivant et si Ringo jouait vraiment de la
batterie sur les premiers 45 tours. Du coup, j'aurai pu devenir spécialiste
mondial, exégète célèbre, ouvrir un cabinet de consultations binaires, donner
des conférences à travers la planète, et qui sait, taper sur l'épaule de
George, boire des pots avec John et faire le baise main à Yoko. Rageant d'être
né quarante ans trop tôt.
Tenez, j'aurai même eu un avis sur la fameuse (mais introuvable car soigneusement retirée des sites web par la maison de disques) version alternative de « Revolution 9 », qui défraie la chronique en ce moment. Un enregistrement inédit dans lequel les Beatles en auraient encore rajouté dans le tohu-bohu de collages sonores avec bandes à l'envers et cris d'oiseaux qui parsèment déjà le titre original présent sur le « Double Blanc ». Au lieu de ça, je dois me contenter de réécouter mes versions mono de « Revolver » et « Sgt Pepper's », avec la larme nostalgique de rigueur.
Après tout, on s'en fout. Les Beatles, c'est comme le sexe ou la choucroute : pas besoin d'être diplômé pour apprécier.

