Le dernier train d'Alain
C‘est, sans doute, l'ultime clip d'Alain Bashung. Réalisée par Jean-Baptiste Mondino, la video de « Sur un trapèze », troisième chanson extraite de l'album « Bleu Pétrole », est belle et émouvante à plus d'un titre. On y voit l'artiste disparu assis de profil dans un compartiment de train, en face d'une petite fille absorbée à dessiner. Sur la banquette, une femme immobile, par la fenêtre, un paysage qui défile : campagne vallonnée, arbres décharnés, clochers, maisons, éoliennes. Pas de ralenti ni de flash back, de figurants ou d'effets spéciaux. Rien que ces trois personnages, presque statufiés, dans un décor en mouvement. A la fois fluide et pesant, statique et fuyant.
Alors, pourquoi a-t-on le cœur serré, au spectacle de cette video à l'esthétique sans fioriture, presque banale ? Outre la beauté de la chanson, litanie répétitive mais jamais lassante dont le tempo semble s'accorder avec celui des essieus de la locomotive, c'est la simplicité de la scène qui séduit. Et sa symbolique esquissée : un Bashung stylisé, hiératique, profil chapeauté et lunettes opaques, ombre chinoise translucide, transparente, se fondant peu à peu dans le décor mouvant, déjà quasi fantôme, presque irréel. Comme un adieu masqué, la chronique d'une disparition bientôt annoncée. Un salut en douceur, en dignité, loin du pathos d'une distribution de prix médiatisée. Une nouvelle preuve de délicatesse de quelqu'un dont même l'absence est élégante.

damien
Et ce clip tout en simplicité .....
Rien à ajouter.
Superbe.