Qui s'y frotte s'y Dick
L'homme qui n'a « pas besoin de sous pour être bien, pas besoin de vin pour être saoul » a signé un nombre impressionnant de ritournelles qui balancent les conventions cul par-dessus tête, qu'il chante les vertus de « Mireille », la mouche savante, décrive le plaisir de cultiver ses géraniums ou s'esbaudisse devant le postérieur de l'épouse du père Ubu.
Dick Annegarn n'est pas qu'un tortionnaire des
mots chamboulés, un as de la contrepèterie distinguée et des barbarismes
civilisés. Il est aussi un fin mélodiste (Il faut avoir entendu au moins une
fois dans sa vie son ode à « Bruxelles », reprise par Bashung sur un
disque « tribute » intitulé « Le grand dîner », qui
rassemblait aussi Souchon, Sanseverino, M, Arno et autres admirateurs
célèbres), doublé d'un guitariste hors pair. Roi du free folk, du blues guilleret et du
swing surréaliste, ce blond géant vert (il vit à la campagne, quelque part dans
le sud de la France) continue inlassablement de concocter des disques qui ne
ressemblent à rien de connu et répertorié, sortes d'ovnis harmoniques à la fois
aériens et terre à terre, champêtres et citadins, savants et dingos.
Le dernier s'intitule
« Soleil du soir », mélange de mélancolie radieuse et de sombre
jubilation dont il a le secret, entre chien et loup. On y déniche une lyrique évocation
de Van Gogh et une jolie dédicace à Jacques Brel, mais surtout on retrouve avec
bonheur sa verve de baladin pas badin et sa voix rugueuse de bluesman plouc
(c'est lui qui le dit) aux chanterelles véloces et au gosier athlétique. Aux
dernières nouvelles, Dick le néerlandais solitaire a écrit des chansons pour le
nouvel album de Calogero. Bon, mais pas question pour autant (hélas ?) de
le surprendre sur le plateau de Drucker ou à la prochaine Star Ac. Les drôles
de zèbres n'aiment pas faire l'âne.
le clip de « Soleil du soir » réalisé par Michel Gondry :
La leçon de guitare de Dick Annegarn :
Alain Bashung chante « Bruxelles » de Dick Annegarn :

Vas y Dick !