Un Spector pas gadget
Avant lui, on ne parlait pas de
producteur, au sens artistique du terme. Mais Phil Spector, natif du Bronx, a
inventé plus qu'un métier, un son : le « Wall of sound », ce mur
sonore compact qui habillait toutes ses productions, des Ronettes à Ike and
Tina Turner, en passant par les Righteous Brothers et les Beatles : chambres
d'écho, pianos désaccordés, cuivres, batteries et percussions surperposés,
étaient devenus sa marque de fabrique. On prétendait à l'époque qu'il suffisait
que Spector arrange une chanson pour qu'elle devienne un tube. Et les tubes, il
les a collectionnés : « Da-doo-ron-ron », « Be my
baby », « Unchained melody », « River deep mountain high » ou
« My sweet Lord », pour ne citer que ceux là, c'est lui. L'album
« Let it be » des Beatles, ou « Rock'n'roll » de John Lennon,
encore lui.
Si ses techniques d'enregistrements furent peu à peu contestées (McCartney notamment trouvait que Spector en rajoutait dans la surcharge et la démesure sonore, ce qui l'amena plus tard à republier « Let it be » sans les arrangements spectoriens, sous le titre de « Let it be naked »), ce n'est rien à côté de sa réputation sulfureuse : claquemuré dans son manoir, il ne sortait qu'accompagné d'une cohorte de gardes du corps et toujours armé d'un flingue. Leonard Cohen ou les Ramones, qui eurent affaire à lui dans les années 80, affirment qu'il leur a déjà brandi une arme sous le nez, en plein studio, juste parce qu'il ne supportait pas la contrariété.
Depuis plusieurs années, Spector s'était retiré du monde musical (sa collaboration annoncée avec Céline Dion avorta rapidement pour incompatibilité réciproque), si l'on excepte quelques titres produits pour le groupe Starsailor. Il a fallu ce fait divers un tantinet sordide pour le voir réapparaître. Quelque soit le verdict du procès (après tout, ce ne sera pas la première légende américaine à avoir pété un plomb, de Howard Hugues à Michael Jackson, en passant par O.J. Simpson), on n'oubliera pas que sans Spector, inventeur fou et génie barré, la pop music n'aurait sans doute pas été la même. Là, il peut plaider coupable...
Phil Spector : "Wall of sound"
The Ronettes : « Be my baby »
Ike et Tina Turner : "River deep mountain high"
George Harrison : "My sweet Lord"


