Mano Solo : « L'autoproduction est un leurre ! »
Mano Solo, CD'Aujourd'hui
Mano Solo : « Rentrer au port »
Prétexte à rencontrer le Mano
en solo, pour une interview en tête à tête. Un Mano plutôt serein, immuable
dans ses convictions mais à la tendresse chaleureuse. Même quand l 'interview
s'engage soudain sur un terrain délicat et complexe : celui de la crise du
disque et du téléchargement illégal. Là encore, Mano Solo ne craint pas d'être
solitaire et d'aller à contre-courant du consensus général. Extraits bien
sentis.
- Il est convenu de dire que les majors vendent de la soupe et que l'avenir de la musique c'est internet et l'autoproduction, qu'en pensez vous ?
Il serait temps d'arrêter la désinformation. Les majors ne sont pas l'ennemi. Elles nous ont apporté toute la musique qu'on écoute depuis qu'on est né. Internet ne produit rien, ce n'est qu'un moyen de diffusion. On stigmatise les majors qui sont pourtant les seuls producteurs de musique. On les critique pour les gros produits qu'ils vendent à la télé, mais on ne s'aperçoit pas que ces gros produits servent aussi à signer des gens comme moi. Quand on achète un disque 15 euros, c'est un peu cher mais on paye aussi pour la diversité. C'est ça que les gens ne comprennent pas. Le problème du prix du disque, ce sont les taxes de l'état, 17% c'est insupportable, et les marges des magasins. Critiquer les majors c'est se couper l'herbe sous le pied. En fait, je ne parle pas que des majors, mais de tous les labels de production, pour moi c'est pareil. En ce moment je suis dans un petit label, mais c'est la même chose, ce sont des gens avec qui je travaille, dont j'ai besoin pour accéder au public. Sur internet, on n'a aucune chance d'y arriver, parce que le nerf de la guerre c'est la promotion.
-Pourtant, il y a deux ans, vous avez autoproduit vous-même votre album, « In the garden »...
Justement, je me suis autoproduit pour pouvoir expliquer ça, que la musique a un coût. J'ai emprunté 130 000 euros à la banque, j'ai hypothéqué ma maison, et tout ce que j'ai réussi à faire c'est rembourser tout juste mes dettes... Pendant deux ans je n'ai pas gagné ma vie. Pourtant, je ne suis pas un débutant ni un total inconnu, j'ai la chance d'avoir un public. J'ai fait cette autoproduction pour démontrer ça, que l'autoproduction est un leurre.
-La crise du disque, selon vous, vient principalement du téléchargement illégal ?
Je ne comprends pas qu'on s'émeuve pour les chômeurs de Molex et pas pour ceux de Warner ou d'Emi, quand on voit que ces entreprises licencient 20% ou 30% de leur personnel. Alors que tous les jours aux infos on nous fait des reportages sur la crise et les pauvres ouvriers dans les usines qui sont délocalisées... Mais c'est le même problème dans la musique ! Et là, ce n'est pas une histoire de gros capital ou de patrons voyous, c'est juste que le particulier ne paye plus, n'achète plus de disques, et c'est lui qui devient le voyou. En disant cela, je sais que je me fais beaucoup d'ennemis, mais il faut dire la vérité. Le type qui télécharge, il vole, c'est pas plus compliqué que ça. Il ne vole pas que moi, ceux qu'il vole ce sont tous les gens qui m'ont permis de me faire connaître, les gens avec qui je travaille, ceux du label, de la distribution, même les vendeurs de la Fnac qui sont aussi en train de se faire licencier. Tous ces gens, j'en ai besoin, sans eux je ne serai jamais arrivé jusqu'au public. Et ça le public n'en a pas conscience, il est persuadé que chaque musicien peut se démerder tout seul, c'est un grand leurre. D'ailleurs on voit bien depuis dix ans que sur internet personne n'a vraiment fait son trou. Ca ne sert qu'à des grands groupes comme Radiohead. Il y a une grande démagogie autour de ça.
-Vous voulez dire que c'est impossible d'être un artiste indépendant aujourd'hui ?
Je suis le mauvais exemple parce que je me suis toujours produit moi-même, j'ai ma société depuis le début, je monte mes tournées tout seul. Mais une vraie carrière managée par soi même ça n'existe pas, on a besoin de plein de gens et de métiers autour de nous. On ne peut pas imaginer que chaque chanteur devienne patron d'entreprise. Imaginez que je démarre dans la chanson. Je pose mes mp3 sur internet et je dis aux gens, je vous les vends directement, du producteur au consommateur. Comment vais-je encaisser ? Je suis obligé d'investir avec ma banque pour pouvoir faire un système de paiement par carte bleue. Imaginez que ça marche, que je vende deux ou trois mille mp3, le fisc va me dire c'est quoi ces revenus, d'où ils sortent ? Ce sont des revenus au noir. Il faudrait avoir un statut social qui corresponde, une micro entreprise artistique. Ce statut social n'existe pas. Et en même temps je vois très mal tous les musiciens, qui ne sont pas par essence des businessmen, se mettre à faire tous les ans un bilan comptable. Ce n'est pas possible, ça ne se fera pas.
-Mais on ne peut pas imaginer un musicien artisan, comme un menuisier ou un boulanger ?
Ce n'est pas la même chose. Le boulanger il a une activité récurrente, il a des clients tous les jours. Ce n'est pas parce que tu vas vendre 200 mp3 la première semaine, que ce sera pareil le mois prochain. Si tu as fondé une entreprise pour ça, on va quand même te demander de payer tes charges patronales du mois prochain, même si tu n'as rien gagné. Qui veut prendre le risque de monter une structure alors qu'on ignore quel sera l'avenir ? C'est un leurre total. L'autoproduction, ça n'est valable que dans son quartier !
Mano Solo : "Les chevaux d'Aubervilliers"
le site de Mano Solo : www.manosolo.net

Voilà un beau discours sur l'industrie et le commerce... Bien loin des préoccupations artistiques. Je ne pensais pas que Mano Solo était aussi conventionnel dans ses idées...
Enfin un artiste qui a les couilles de dire tout haut ce que d'autres pensent tout bas.
Bravo Mano !
Je ne m'apitoierai pas sur les gens de chez EMI ou Warner. Là où Mano voit diversité, moi je vois : mépris des artistes vrais.
Les majors ignorent superbement, et depuis des décennies, les musiciens un peu en marge des productions de daube dont ils ont l'habitude.
Désolé, mais je ne partage pas son opinion. Les majors ne produisent rien qui ne soit rentable.
Le téléchargement n'est en rien le problème, personnellement je ne télécharge pas, mais je n'achète plus non d'album qui se démode seulement au bout de quelques semaines, nous avons de très bonnes radios dans la voiture, à la maison, sur internet, personnellement cela me suffit amplement. SI Manu Solo se trouve victime du systeme alors je lui répond bienvenu dans notre monde...
ok l'autoprod ne permet pas à un artiste de vivre
mais la sacem n'a jamais depuis sa création engrangé autant de bénéfices
les supports changent, les modes de rémunération des artistes également.
et c'est pas un mal
Mais on en revient toujours au même débat : les bons disques se vendent et les mauvais non (à moins de gros coups marketing).
La question est donc : pourquoi ne sélectionne-t-on pas plus de bons disques en amont chez les labels au lieu de les noyer dans un flot de merdes insipides et déjà entendues 1000 fois ??
que ça ne se feras pas ...preuve de l'immobilisme des gens ils ne croient en rien... les internautes c'est kiff kiff ils vonts pas acheter un inconnu car ils n'en onts pas l'habitude...voila le fond du probleme la masse est assujettie aux majors ... si chacun d'entre nous réfléchisait un peu et décidait de sortir des sentiers peut etre que ça pourrait bouger...
si un titre est bon pourquoi ne pas l'acheter a l'artiste n'est ce pas lui le créateur ??? restez dans vos convictions archaiques
et rien ne changeras ...Mano tu connais pas le net et sa puissance on dirait !!! vas voir Pepitastore une boutique en ligne ouverte a tous les artistes et qui reverse 75 % aux artistes
voila l'avenir !!! et pa tous ces producteurs assis dans leur beau fauteuil qui te recoivent commeun cheveu dans leurs soupe et qui se prennent pour les maitres du monde...et qui t'arnaquent un max en plus...si toi et toi et l'autre ne changez pas alors rien ne changeras...je vends ma musique sans eux ok!!!
jost andre artiste libre http://myspace.com/jostandre