Beau, oui, comme Ziggy
Nous sommes le 20 octobre 1972, à Santa Monica, Californie. Sur la scène du Civic Auditorium (le Zénith local), s'agite une étrange créature au crin rouge et au teint pâle, engoncée dans une combinaison lamée et juchée sur des bottines à talons vertigineux, quelque part entre drag queen peinturlurée et martien décalé. Il s'agit d'un quasi nouveau venu sur la scène du rock'n'roll (du glam rock pour être précis, ce genre mi-théâtral mi-décadent qu'a inventé Marc Bolan avec son groupe T. Rex), un jeunot qui n'a encore que deux albums à son actif mais fait déjà largement parler de lui : David Bowie, puisque c'est de lui qu'il s'agit, n'a t-il pas posé en robe, sur la pochette de son premier disque « Hunky Dory » ? Désormais, le loustic androgyne semble se prendre pour un extraterrestre affublé du doux patronyme de Ziggy Stardust (zigoto poussière d'étoile, quel drôle de nom pour un ET...), et se balade en compagnie d'un orchestre électrique très bruyant, baptisé The Spiders of Mars (des araignées sur mars? Pourquoi pas des cafards...).
C'est dans cet équipage que notre David encore à l'orée de sa carrière, débarque à Santa Monica, pour un énième show d'une longue tournée américaine qui provoque curiosité et excitation : tout le monde veut voir la bête sur scène, est-ce un homme ou une femme, ni l'un ni l'autre, on dit qu'il a des antennes, de quelle planète sort-il ? Un concert enregistré par une radio locale, et enfin publié en cd, sous forme de joli mini- coffret, avec cartes postales promo d'époque. Outre le son, plus que correct vu les conditions techniques d'alors, le disque bénéficie de quelques versions acoustiques plutôt rares de chansons bowiennes, comme « Andy Warhol » ou « Space Oddity », dans laquelle le major Tom tente d'imiter à pleine gorge le bruit des réacteurs de sa soucoupe volante, et « My death », adaptation d'une chanson de Jacques Brel.
Alternance de rocks durs (« Hang on to yourself », « Ziggy Stardust », Queen Bitch », « Suffragette City », et même « Jean Genie », annonciatrice de l'album suivant, « Aladdin Sane ») et de ballades jouées à la guitare douze cordes, ce document historique démontre, s'il en était besoin, l'extraordinaire charisme scénique du héros, et l'efficacité du meilleur groupe qu'il ait jamais eu, avec, entre autres, Mick Ronson à la guitare et Mike Garson au piano.
Comme dit David lui même, sur les notes de pochette : « A l'époque, je ne me contentais pas de jouer le rôle de Ziggy Stardust, j'étais vraiment lui... » Même nous, on y croyait... Dur comme rock.
David Bowie: « Live Santa Monica 72 », EMI.

A part ça, chouette article.