John Fogerty : toujours plus roots !
Hey Dudes !
En 1972, les champs de maïs de Louisiane font la tronche et le Bayou a triste mine. Il y a de quoi : Creedence Clearwater Revival, le groupe originaire de Californie, mais qui depuis ses débuts puise son inspiration dans la musique du Sud profond, met un terme à sa brève et riche carrière. Les désaccords et les relations de plus en plus tendues entre John Fogerty et les autres membres du groupe (dont Tom, le frère de John, qui a quitté le bateau à vapeur avant le naufrage) ont eu raison de son existence.

« Salut Poteau ! ».
Pour autant, le chanteur à la voix chaude et éraillée ne perd pas le nord (ou plutôt le sud) puisqu'il reprend le chemin des studios dès l'année suivante. Histoire de tourner la page avec ses anciens camarades (et surtout de ne pas surfer sur la vague Creedence) mais aussi parce que l'esprit d'équipe n'est pas son fort, Fogerty se la joue « poor lonesome cowboy » en montant un groupe à lui tout seul : The Blue Ridge Rangers ! Son nom n'apparaît pas sur la pochette de ce qui est en vérité son premier album solo, mais Fogerty s'octroie le luxe de jouer tous les instruments. Il se fait même doublement plaisir en reprenant douze standards de rock, de gospel et de country qui ont bercé sa jeunesse (Hank Williams, Jimmie Rodgers...).
Trente six ans et quelques albums solos plus tard, l'ami John nous ressort son vieux Stetson et remet ses rangers en selle pour donner une suite à cette première aventure : The Blue Ridge Rangers Rides Again (dans les bacs depuis le 21 septembre). Rémy Bricka peut dormir tranquille, le Californien est certes un multi instrumentiste efficace, mais certainement pas un homme-orchestre. Il s'est donc entouré cette fois-ci de talentueux musiciens : Buddy Miller à la guitare, Greg Leisz à la pedal steel guitar, Jason Mowery au fiddle et Kenny Aronoff (ex Cinderella) à la batterie.
Au final, derrière une pochette un brin kitchouille (genre album country de Johnny Halliday !) se cachent douze nouvelles reprises savoureuses piochées dans le répertoire classique américain. C'est donc avec un plaisir évident que le monsieur revisite ses contemporains (John Denver, Delaney & Bonnie), ses glorieux aînés (Buck Owens, The Everly Brothers) et se permet même de puiser dans sa propre musette avec l'écolo Change in the Weather.

Fogerty Texas Ranger : Prêt à faire parler la poudre !
Retour aux sources pour John Fogerty qui fait à nouveau la part belle au violon, au fiddle, à la mandoline, au dobro et à la pedal steel guitar. Dès la première écoute, on se dit que le gaillard a séché tout l'été à l'ombre d'un cactus tant ce nouvel opus sonne plus western que son prédécesseur. Néanmoins, les influences blues, rock et gospel du musicien se font discrètement sentir dans ce disque majoritairement country. Bref, The Blue Ridge Rangers Rides Again constituer l'objet idéal pour emmener son esprit divaguer au fin fond des Appalaches, sur les bords du Mississippi ou dans un vieux rade de la Nouvelle-Orléans.
Sans oublier que l'ancien leader de Creedence a fait appel à des invités de renom à commencer par ses vieux poteaux Don Henley et Timothy B. Smith de The Eagles (pour le superbe Garden Party de Rick Nelson). Quant à son duo avec Bruce Springsteen sur une reprise pêchue d'un standard de The Everly Brothers (When Will I Be loved ?), il constitue l'un des points forts de l'album.
Springsteen étant toujours occupé à suivre Obama au volant de sa camionnette, c'est sans le Boss mais entouré de ses nombreux musiciens que John Fogerty s'est produit sur le plateau du David Letterman Show le mois dernier.
Les deux compères, qui partagent à peu près les mêmes idées politiques, s'étaient déjà retrouvés sur scène en 2004 lors du Vote For Change Tour qui visait à soutenir John Kerry, candidat démocrate à la présidentielle et cousin américain de Brice Lalonde (dixit les médias Frenchy et ce dernier!).
Revenons à cette nouvelle galette de notre infatigable troubadour de la musique populaire américaine. Avec celle-ci, John Fogerty prouve une fois encore qu'il ne se contente pas d'exhumer le vieux répertoire états-unien, mais qu'il en est bien l'un de ses créateurs et interprètes les plus brillants. Mais cela, il l'avait déjà largement prouvé à l'époque de Creedence, la formation prenant autant plaisir à reprendre les œuvres de leurs pairs qu'à composer leurs propres morceaux.
Les mauvaises langues vont encore dire qu'il s'agit là de vieilleries et peut-être même présupposer que ce Blue Ridge Rangers Rides Again sent le moisi. Et bien je dis non ! Certes, avec cet album John Fogerty ne va pas révolutionner le monde de la musique (ce qu'il n'a d'ailleurs jamais cherché à faire par le passé). Mais voilà avec l'hiver qui approche et le froid qui va s'abattre sur nos fragiles carcasses et miner nos esprits vulnérables, ce disque plus que réussi peut s'avérer un remède aussi efficace qu'une cure de luminothérapie ou une séance chez le psychopathe !
Alors que demander de plus ?
Alan dit « Vieux Coyote » pour Ondes de Rock.
Le site officiel de JF :

Conseil d'ami à un autre fan du CCR :-)
Thanks for shearing.
Et si on veut continuer une plongée roots, alors je ne saurais que trop vous conseiller d'écouter les albums suivants :
Levon Helm (le mythique batteur du Band), son dernier album Electric Dirt
et les 2 nouveaux Black Crowes sortis simultanément : Before the Frost et Until the Freeze (surtout celui là en fait pour le côté roots)