Pop au cinéma - 2ème partie
« NEW SLANG » de The Shins dans « Garden State » Zach Braff (2004) :
Peut-on rêver mieux comme directrice marketing que la sublissime Natalie Portman tendant son casque à Zach Braff et lui assurant : "Ecoute ; cette chanson va changer ta vie" ? Car à défaut de changer la vie du personnage principal de ce sympathique "Garden State" (2004), c'est bien la vie de James Mercer et ses amis que cette séquence a bouleversé. D'honnête formation indie, The Shins sont passés, en l'espace des quelques secondes de cet exquis "New Slang", au stade de véritable phénomène pop outre-Atlantique - talonnant même l'indétrônable "Nevermind" de Nirvana en termes de ventes chez SubPop ! À ce niveau-là, une boîte de chocolat en guise de remerciements s'impose.
Maxime Chamoux
« FOXY LADY » de The Jimi Hendrix Experience dans « Wayne's World » de Penelope Spheeris (1992)
On aurait pu choisir le délire sur "Bohemian Rhaposody" de Queen mais bon, pour le fun c'est la mise à l'honneur du tube du Jimi Hendrix Experience qui s'y colle. « Wayne's World », c'est l'exemple parfait du film idiot pour ados attardés qui permet de prôner un goût certain pour la culture rock auprès d'un public ado souvent plus intéressé par les jeux vidéo. Mike Myers est un indécrottable enfant du rock. Il a par la suite rendu culte Burt Bacharach dans la série des Austin Powers. Il est sensé depuis trois ans incarner Keith Moon, le batteur fou de The Who dans un biopic, mais on n'a toujours pas de nouvelles du projet.
Benjamin Durand
« COMIN' BACK TO ME » de Jefferson Airplane dans « The Indian Runner » de Sean Penn (1991)
D'un côté il y a Joe Roberts (David Morse), ancien fermier, devenu policier. Joe est bon époux, bon père de famille, serviable, miséricordieux. De l'autre, son petit frère adoré Frank Roberts (Viggo Mortensen). Frank cherche à donner un sens à sa vie qu'il juge absurde. Il ne fait rien pour réfréner sa violence et ses envies de délinquance. Il rejette toutes les mains que lui tendent, tour à tour, son frangin, la société, l'amour. Au milieu de ces deux personnages fondateurs de l'Amérique écartelée, il y a le Nebraska et ses paysages ruraux dont on ne s'extraie jamais complètement. Quand il s'est lancé dans la réalisation de son premier long-métrage, « The Indian Runner », l'acteur à fleur de peau Sean Penn avait une envie : adapter à l'écran la chanson de Bruce Springsteen, « Highway Patrolman ». Le pari est gagné. Mieux encore que prévu. Plus qu'un film, « The Indian Runner » a intégré toute la charge mélancolique que dégage chaque morceau du boss à gros biceps. Un feeling rock abattu, une lenteur néo country, une ambiance de psychédélisme working class. Pour son histoire, pour ses protagonistes, pour ses cadrages à hauteur d'homme viril qui s'effondre, pour sa B.O de rock humain (The Band, Neil Young, Janis Joplin entre autre) ce film me fera toujours chialer comme un gosse. Cette scène au ralenti incorporant le plus beau morceau signé par les affreux hippies de Jefferson Airplane est à elle seule un chef d'œuvre de douceur.
Jean-Vic Chapus
« HOLD
TIGHT » de Dave Dee, Dozy, Beaky, Mitch & Tich dans « Boulevard
de la Mort » de Quentin Tarantino (2007) :
On le sait, Quentin Tarantino est passé maître dans l'art de donner une nouvelle vie médiatique à des tubes vintage oubliés. Ce "Hold Tight" anthologique et martelé en est la preuve éclatante. Nous sommes ici à la moitié du dionysiaque "Boulevard de la Mort" (Death Proof, 2007) et la petite troupe d'héroïne ultra-sexy s'apprête à périr massacrée dans un crash routier franchement barbare. Mais avant cela, la divine Syndey Tamiia Poitier aura eu le temps de présenter - conscience professionnelle du nerd oblige - les auteurs de cette bande-son de la mort : les improbables Dave Dee, Dozy, Beaky, Mitch & Tich - pour lesquels, apprend-on, Pete Townshend aurait failli quitter les Who !
Maxime Chamoux
« LONG LONG WHILE » de The Rolling Stones dans « Casino » de Martin Scorsese (1995)
Le récent (et très ennuyeux d'ailleurs) « Shine A Light » a permis à tous les rédacteurs du monde entier de nous remettre en tête les différentes étapes de la love story entre le génial cinéaste et les increvables rosbeefs. Pour le coup, toutes les interventions stoniennes dans le cinéma de Scorsese sont prodigieuses. Le réalisateur peut même se targuer d'être un fan au goût sur en mettant en exergue dans ses films des "Heart Of Stone" ou "Monkey Man" plutôt que des tubes plus convenus. De manière très subjective, je choisirai pour notre aimable lectorat de Yahoo.fr et voxpopmag.com, la scène d'anthologie et très violente de « Casino » avec à l'honneur Joe Pesci fou furieux et la chanson "Long Long While". Il est possible que vous ne connaissiez pas ce titre, il s'agit, pour l'anecdote, de la face B anglaise du 45 tours "Paint It Black". C'est un blues de blanc-bec classique pour les Stones de l'époque (1966), sur lequel Mick Jagger livre une performance formidable dans le style passif-aggressif. Si le potentiel commercial de la chanson était assez faible pour les Stones, son potentiel dramatique est parfait pour accompagner la sauvagerie mafieuse de Joe Pesci. Quant au flegme italien de DeNiro, il reste inégalable.
Benjamin Durand
« MODERN LOVE » de David Bowie dans « Mauvais Sang » de Leos Carax (1986)
Le réalisateur français Leos Carax vaut mieux que son statut stupide de poète maudit. Prenons le plutôt comme un esthète, un adolescent attardé, un marginal et, aussi, l'enfant turbulent de Jean-Luc Godard et Jean Vigo. Tout ça à la fois. Avant que l'industrie du cinéma ne lui fasse payer au prix fort les échecs publics et les dépassements de budget de « Les Amants Du Pont Neuf » et « Pola X », Carax rêvait de réaliser une adaptation du « Portrait De Dorian Gray » d'Oscar Wilde. Dans le rôle du portrait en question, le réalisateur maniaque voulait David Bowie et Iggy Pop. Finalement, ce long-métrage n'a jamais existé et c'est terriblement triste pour la poésie des images. Pour se consoler on regarde souvent cet extrait de son second (et plus beau) film « Mauvais Sang ». Alex (Dennis Lavant) doit subtiliser un vaccin contre une maladie qui détruit les amoureux. Entre temps Alex tombe amoureux de la jolie Anna (Juliette Binoche). Comment mieux mimer la violence des sentiments que se tordre en convulsions et sprinter dans la nuit sur fond du « Modern Love » de David Bowie ? A partir de cette scène, entre mime et performance, on s'est dit que Leos Carax était le seul réalisateur français à offrir une transcription du rock dans le triste cinéma français. Mais le rock, le cinéma qu'est ce que c'est ? Juste courir sans but et sauter car on est amoureux fou.
Jean-Vic Chapus
« JUST LIKE HONEY » de The Jesus & Mary Chain dans « Lost In Translation » de Sofia Coppola (2004)
On ne remerciera jamais assez Sofia Coppola. En un film, elle a mine de rien ancré dans la culture de toute une génération : le génie de Bill Murray, le statut d'icône de Scarlett Johansson et la musique de Jesus & Mary Chain comme une référence incontournable. Le mariage émotionnel entre le cinéma et l'extrait mythique de l'album « Psychocandy » marche formidablement. Scarlett Johansson est depuis montée sur scène pour chanter ce titre en duo avec la ténébreuse fratrie écossaise. Son album sorti l'an dernier témoigne amplement de son goût pour le son torturé des Jesus. Avec Sofia Coppola, les frères Reid atteignent l'immortalité sur pellicule.
Benjamin Durand
