Peter Doherty solo ? Chapeau bas !
Pete Doherty devient Peter Doherty pour se la jouer « artiste » sur son premier album solo. On en rigole d'avance, sauf que... le disque est très bon. Le meilleur exemple récent d'un album à la fois subversif et agréable à écouter. Décidemment, Pete Doherty est vicieux, il tape avec des fleurs...
Hier dans les couloirs du métro parisien, j'ai bien ri à la
vision de la couverture du quotidien gratuit du soir propriété du plaisancier
préféré de notre Président de la République : « La glauque
attitude ». Le titre illustrait une photo de Pete Doherty en couverture.
Depuis 2002, c'est sûr que le cas très sérieux de ce dernier a suscité autant
d'excitation que d'agacement, de déception ou d'exaspération de notre part.
Cet adjectif « glauque » m'a fait tilté tant je l'ai trouvé symptomatique d'un fait très simple : quand on s'adresse à la France populaire, Pete Doherty est à mettre à l'index car il représente le contraire d'un exemple. Il se fout de la loi, est un peu sale (c'est assez vrai, pour l'avoir approché quelques fois) et est sulfureux. Ça rappelle un peu le Gainsbarre des années 80 finalement. Attendons donc que Pete meurt pour qu'il redevienne respectable et « génial » aux yeux du grand public. Le pauvre garçon ! Dire qu'il en est réduit à embrasser Cauet... Ne vous méprenez pas, entre les deux le pire déchet n'est pas celui qu'on décrit comme glauque dans la presse.
Pete Doherty a passé l'année 2008 à être assez constamment
pathétique ou pitoyable notamment sur scène. Le voilà qui revient à la charge
avec un album. Solo ce coup-ci ! Rien que ça ! Et là, pas besoin de
plus de deux écoutes : voici un grand et beau disque. Pour apprécier, il
faut évidemment supporter les acrobaties vocales casse-gueule dont le Pete est
coutumier ("Broken Love Song"). Sorti de ce détail, Doherty réussit là où les
deux album de Babyshambles échouaient partiellement : accumuler les bonnes
chansons bien produites pour servir ses thèmes de prédilection.
Il n'est presque pas nécessaire de maîtriser parfaitement l'Anglais pour se laisser transporter dans cette "Arcadie" éternellement fantasmée par le chanteur. Le producteur génial Stephen Street (The Smiths ou Blur), déjà aux manettes pour "Shotter's Nation", a peaufiné le disque de bout en bout pour qu'il se voie traversé d'un grand souffle poétique. Le premier single "Last Of The English Roses" est divin, entêtant, d'un charme fou. Graham Coxon, lieutenant de luxe, fait des merveilles avec discrétion. Peter Doherty, lui, semble déterminé à enfin à laisser tomber ses travers un peu caricaturaux pour se mettre à la hauteur de sa réputation de songwriter brillant qu'on trouvait de plus en plus surestimée.
Derrière les jolies mélodies, il y a des textes qualifiables de glauques effectivement. Doherty se réfère à la seconde guerre mondiale et observe les attitudes extrêmes en périodes troubles ("1939 Returning"). Les mélodies de ces chansons sont parfois désuètes, d'autres fois fortement cabossées mais elles parlent au cœur. Pete Doherty a ce mérite de préférer concerner son auditeur plutôt que chercher à le séduire. Ses chansons ne parlent que d'émotions exacerbées et intenses. Cet homme n'est décidemment pas mesuré. C'est pour ça qu'il est bizarre et que certains le trouvent glauque. Quelqu'un qui prône l'intensité permanente de l'existence dans un monde qui ne jure que par la sécurité et le confort, c'est un homme dangereux pour ce monde-là. Le problème, c'est qu'un beau disque fait par un homme dangereux se révèle souvent indispensable. Cet album appartient à cette catégorie.
Benjamin Durand
Photo pour VoxPop par Mathieu Zazzo
Album Peter Doherty « Grace / Wastelands » (Parlophone / EMI)
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