OrelSan parle de No(s) life
Le premier album d’OrelSan est un des meilleurs disques de rap français qu’on a entendu depuis des années. Le procès d’intention dont le jeune rapper (Aurélien Cotentin, 26 ans, pour l’état civil) fait actuellement l’objet sur fond de « Faut il interdire un sale type qui chante des trucs misogynes ? » ne doit pas masquer la réalité d’un bon enregistrement. Un des seuls en tout cas à raconter une réalité glauque dans le monde étouffant du hip hop français. Un des seuls aussi à avoir su marier le fond (le vocabulaire simple mais plein d’image justement) et la forme (production démente de Skread qui évoque rien de moins que le « Marshall Mathers L.P » d’Eminem). En 14 morceaux, « Perdu D’Avance » raconte l'ennui ordinaire d’une jeunesse de province. Aucun ghetto. Pas de grosse bagnole, de prison, de guns, de filles faciles… Un blog de base. Un peu beauf, sensible, imbibé : « Une bonne soirée c’est une soirée dont j’ai aucun souvenir » (« Différent »). Le flow est mou mais élastique. L’ambiance sinistre. Le regard constamment planqué dans les baskets pourries. On se croirait chez Michel Houellebecq en version caillera ou dans l’excellent film « La vie de Jésus » de Bruno Dumont: « J’ai peur de jamais finir mon album, j’ai plus d’inspi’. Puis t’façon j’ai plus envie de devenir chanteur, j’ai plus 15 piges. Quand j’regarde mes clips j’trouve que j’fais pitié, c’que j’raconte dans mes chansons c’est des clichés… » (« Peur de l’échec »). Le reste (la misogynie, la provoc un peu puérile, la coloration white trash…) c’est de l’anecdote. A chaque fois qu’une bagnole cramait en banlieue dans les années 90 certains députés réacs accusaient NTM et les paroles de son hymne « Qu’est ce qu’on attend ? » « Allons à l’Elysée brûler les vieux, les vieilles. Faut bien un jour qu’ils payent. Le psychopathe qui sommeille en moi se réveille…» Aujourd’hui c’est la jeunesse qui chat qui fait peur et c’est OrelSan qui va prendre pour ses écarts de langage mal maitrisés.
« Perdu D’Avance » est un disque qui reconnecte le rap français avec une génération. Un chef-d’œuvre au premier degré qui parle de 8°6, de kebab, de Playstation, de téléchargement de pornos sur Emule, de plans cul qui se transforment en paternité non désirée, de peur de l’échec, de videurs interdisant l’entrée en boîte de nuit, de gamines de 16 ans qui se maquillent comme des camions volés et qui rêvent de monter à Paris pour devenir mannequin ou actrice. Ne manque que le tuning de sa bagnole et on aura fait le tour d’une réalité qui existe loin des beaux quartiers. L’album d’OrelSan ce n’est pas du Jack London, ni du Ray Bradbury. C’est de l’autofiction. Une tentative de littérature, donc, qu’on le veuille ou non. Et en littérature (Louis-Ferdinand Céline, Georges Bataille, Virginie Despentes) on doit, au minimum, laisser ses jugements moraux sous le paillasson. Extrait d’entretien.
OrelSan « Changements »
Déprime
OrelSan : Récemment il y a eu un sondage comme quoi la jeunesse française était la plus déprimée du monde, ou un truc du genre… Comme mon album s’appelle « Perdu D’Avance » et qu’il y a des morceaux comme « No Life », les journalistes, ils y voient du pessimisme. Ils me demandent de leur expliquer ma génération, pourquoi on picole, pourquoi on ne croit plus à rien. C’est cool, mais le disque, je l’ai quand même fait en mon nom. Ça m’emmerderait de devenir un porte-parole.
White trash, non merci
Attends, ça me fait plaisir quand on me compare à un mec comme Eminem ! C’est quand même pas de la merde ce qu’il rappe ! Sinon, ouais, j’en ai un peu plein le cul du truc « White trash ». Je n’ai rien à voir avec ce trip white trash américain. Tu peux venir me voir demain à Caen, tu verras que je ne vis pas dans une caravane et que je n’ai pas un fusil à pompe à portée de main. Mon père est directeur de collège et ma mère institutrice en maternelle. Tu peux quand même avoir des galères en grandissant dans ce milieu. Quand mes parents invitaient mes profs à dîner à la maison, je ne me sentais pas super à l’aise.
Le rap ce n’est pas seulement le ghetto
Le cliché « rap = musique du ghetto », ça me paraît un peu dépassé en l’an 2000. Il y a pas mal de textes de NTM que je me suis pris en plein dans la gueule justement car moi aussi, à ma façon, j’aurais bien aimé pouvoir niquer le système. Quand j’entends un truc comme : « Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu, allons à l’Elysée brûler les vieux et les vieilles… », ça me met K.O. Je comprends le sentiment qui amène à écrire un truc comme ça. Seulement, moi, je serais bien incapable de dire des choses dans ce genre. « Allons à l’Elysée brûler les vieux et les vieilles, faut bien qu’un jour ils payent. » Ouais, c’est marrant mais moi à la limite le seul truc que j’aurai brûlé, c’est une de mes salles de cours au lycée. Le rap revendicatif, c’est comme un bon film avec Steven Seagal : c’est marrant à voir mais ce n’est pas ma vie quotidienne…
Ma réalité
J’ai des potes caillera de la banlieue parisienne, des potes de la banlieue de Caen, des potes RMIstes et même un pote qui tient un magasin d’informatique. Paris et sa banlieue, je ne connais pas des masses. Ma réalité a plus à voir avec celle des mecs qui zonent à Rennes, Beauvais ou Angers : ni vraiment la ville, ni la campagne. On est coincé entre les deux. On va sur les mêmes sites. Avec Internet et la télé réalité, les mecs comme moi, qui font leur musique dans le garage des parents, peuvent se faire connaître. N’importe qui peut entendre tes histoires. Ça m’a donné l’espoir. Maintenant le rap, ce n’est plus seulement un truc de quartier.
OrelSan « No life »
CD « Perdu D’Avance » (3e Bureau/Wagram) à acheter sur iTunes. ![]()
Retrouvez la version intégrale de cet entretien avec OrelSan dans VoxPop numéro 9.
http://www.voxpopmag.com/ - VoxPop
n°8 spécial cinema, disponible en kiosques et relais presse

Dla chanson "Différen"t est un succès si il sort en single
ce type est un plouc sexiste qui doit etre bourré de frustrations pour parler de son rapport à la sexualité comme ça. pauvre mec il fait vraiment pitié
verra qu'ils on raison !!!! bon vent a orel il est est bon ...