Viva Coldplay !
Ça s'est passé cette semaine sur mon adresse mail. Un message sibyllin envoyé par l'aimable maison EMI (celle qui multiplie les plans sociaux, le dernier ayant touché 2000 salariés dans le monde). En baseline de cette communication professionnelle « Viva La Vida pulvérise les records !» J'ouvre le message et j'apprends que le quatrième album de Coldplay, sorti la semaine dernière dans toutes les boutiques, s'écoule bien : numéro 1 des ventes aux Etats-Unis (720 000 disques vendus en une semaine), numéro 1 des ventes en Angleterre, numéro 1 en France, au Japon, en Allemagne, au Canada, en Australie. Un dernier pour la route ? « Viva La Vida » est aussi la meilleure vente en précommande de l'histoire du site de téléchargement légal iTunes. L'année comptable de la maison EMI pourrait de cette façon être assurée.
Coldplay personnifie l'exemple du groupe haï par les branchés pour tout un tas de raisons stupides: « Il y a trop de filles à leurs concerts ! Rétablissons la parité !» « Ils ont l'air trop mièvres ! » « Ils sont trop chauves avant l'âge autorisé ! » « Ils se marient trop avec Gwyneth Paltrow ! » Oh et Coldplay se voit constamment comparé à U2 (pour les stades) et à Radiohead (pour la voix de chèvre qui se plaint). En écoutant « Viva La Vida » je continue à penser que ce groupe est bien plus décisif que les premiers et les seconds nommés. Au contraire de U2, Coldplay n'a pas la prétention de sceller la paix entre les peuples avec ses chansons. Pas de drapeau blanc. Pas de scénographie guignol où l'on voit un crétin de chanteur s'extraire d'un citron géant. Pour l'instant on a évité Chris Martin rédacteur en chef invité d'un quotidien du matin qui frime : « Vous avez des problèmes dans le monde ? -prix de la baguette qui augmente, conflit Israëlo Palestinien qui semble inextricable, cette tanche de Raymond Domenech qui doit être remplacé par Didier Deschamps ! J'ai des solutions ou alors au moins un avis autorisé sur toutes ces questions. Laissez-moi passer un coup de fil à mes potes du G8 !» Si Coldplay est parent de Radiohead, alors c'est un cousin discret et appliqué. Pas le genre à traverser hors des clous, ni à affirmer au nom de sa suffisance numérique qu'il y a mieux à faire que vendre des disques via le circuit, labels, distributeurs, hypermarchés de la culture. « Téléchargez notre dernier opus sur internet au prix choisi. Faites monter le buzz dans la blogosphère et, ensuite, hum, et bien nous sortirons quand même cet album en physique car il faut bien payer les prochaines vacances au Laos !».
« Viva La Vida » ne va pas changer le monde de la musique rock et pop. Il contient seulement assez de chansons lyriques tâtant le terrain noisy rock liquide (« Lovers In Japan », « Lost », traversé de références à My Bloody Valentine) et affirmant que les meilleurs mélodistes des années 80 ne s'appellent ni New Order, ni The Smiths, mais, bel et bien, ces poissons panés nordiques de A-Ha (le single « Viva La Vida »). Brian Eno se charge de la production ici et, sincèrement, le rendu ressemble à une musique dont l'héroïsme est tué dans l'œuf par la dépression. Il y a une interview du leader du groupe du Devon, Chris Martin, dans les colonnes de nos confrères Les Inrocks. Le mari de l'actrice Gwyneth Paltrow y explique le pourquoi du comment de son songwriting limpide de la façon suivante : « Si je me laissais aller à écouter mes envies profondes j'écrirais des chansons moyennes (...) Ce qui me donne l'inspiration c'est le respect du public, imaginer ce que les gens ont envie d'entendre... » La malédiction de Coldplay sera donc d'écrire, jusqu'à la fin des temps, des chansons où l'on verra passer au ralenti des images de morts, de baisers enflammés au moment où le Titanic sombre, de sprinters qui explosent d'émotion sur la ligne d'arrivée etc... Ceci s'appelle seulement de la pop.
J-V.C
CD « Viva La Vida » (Parlophone/EMI)

Voilà un bel exemple d'argument branchouillo provocateur plein de vacuité qu'on ne peut se permettre d'écrire que dans un blog !
Maintenant, ce qui serait vraiment interessant, c'est que Mr Jean Vic nous explique rééllement en quoi Coldplay est bien plus décisif que Radiohead !
Allez c'est pas grave, Viva la Vida !!