CSS : l’histoire se répète.
On avait gardé d'eux une image plutôt docile, un caractère facile, se pliant volontiers aux contraintes du métier d'artiste. La tournée sans fin après la sortie du premier album, aux quatre coins du globe, où chaque soir, le groupe sautillait sur scène en cachant du mieux possible la fatigue et probablement une certaine lassitude. Les innombrables séances photos les montraient toujours souriants, prêts à jouer le jeu sous les objectifs. Cette fois, le verdict tombe, tout n'est pas rose au pays de CSS. Dans toutes les interviews accordées, ces derniers témoignent de leur colère envers leur ex-manager. Selon leurs propos, l'escroquerie s'est révélée par l'enrichissement personnel fulgurant du brave homme, surtout lorsque sa situation fut comparée à la galère financière des membres du groupe. Il aurait aussi accepté un trop grand nombre de concerts sans se soucier des conditions et parfois des distances à parcourir.

Le manager (et sa petite amie, ex-bassiste du groupe) mis hors-jeu et les dettes remboursées, CSS repart du bon pied, toujours plus motivé pour poursuivre sur la lancée du groupe. Mais on ne peut que s'interroger. Après toutes les histoires de managers incompétents, un peu escrocs aux liaisons peu claires avec les groupes, comment CSS a pu tomber dans le panneau ?
On se souvient bien évidemment de l'escroc vedette Allen Klein, qui réussit tout de même à nuire aux Rolling Stones et aux Beatles. Sa présence aux côtés des premiers est encore d'actualité, les Stones ayant perdu leur procès contre lui. Il possède donc encore les droits d'édition sur tout leur catalogue antérieur à 1970. En bon manageur gourmand, il avait aussi négocié un excellent contrat avec Decca, pour que le groupe touche des royalties conséquentes. Sauf qu'elles étaient systématiquement versées sur son compte, et qu'il ne les reversaient pas aux membres du groupe... Chez les Beatles, ses méfaits financiers furent moindres mais il précipita la séparation du groupe, McCartney se retrouvant isolé contre ses décisions, notamment celle de confier les bandes des enregistrements Get Back à Phil Spector, mais aussi en réorganisant à sa manière la société Apple Corps. En parallèle Klein avait renégocié les contrats des Beatles avec leurs maisons de disques en Angleterre et aux Etats-Unis. Mais voilà, l'équilibre d'un groupe ne se fait pas uniquement sur les recettes. C'est en séduisant John Lennon (et donc forcément Yoko Ono) qu'il avait réussi à prendre le pouvoir, Lennon se chargeant ensuite de convaincre George Harrison et Ringo Starr. Le même schéma que CSS, on en séduit un pour s'imposer au sein du groupe, et on profite de la confiance des musiciens en terme de contrats.
Sur l'hexagone, l'affaire Bernard Seneau, ex-manageur de Polnareff fit aussi couler beaucoup d'encre. Encore une fois, les problèmes survinrent assez rapidement après les débuts de son contrat. Il entra en fonction en 1971, omis de déclarer les revenus du chanteur sur trois années et disparaît avec la somme correspondante en 1973. Seneau est reconnu coupable, mais c'est Polnareff qui paye... Chez CSS, le groupe a aussi payé les méfaits du manager. Heureusement pour eux, il n'est pas resté trop longtemps en fonction. Comment cela peut-il encore arriver aujourd'hui ? Venant du Brésil, connaissant peu l'industrie du disque et les systèmes de tournées, les CSS étaient une proie facile. Le buzz, l'accélération de leur carrière très rapide, est certainement aussi une des causes de leur confiance excessive en ce manager. Depuis, ils en parlent, comme une sorte de revanche autant qu'une mise en garde. En espérant que leur histoire ne se répète pas de sitôt.
CSS Donkey (Sub Pop / PIAS), sortie le 21 juillet
