Ebony Bones et JC/DC: « Le style, le punk… et moi !»
En exclusivité pour notre magazine (intégralité de l’entretien à retrouver dans le VoxPop juin/juillet 2009) la Londonienne punk funk, Ebony Bones, a accepté une conversation avec le couturier Jean-Charles De Castelbajac. Que peut amener la pop dans les années 2000 ? De l’audace, toujours de l’audace…

Ebony Bones : Mon groupe sur scène est comme une armée. Une armée pacifique. Nous enfilons nos uniformes avant de rentrer en guerre (sourire). Nous avons nos incantations. A l’exception de la scène new rave et de formations comme les Klaxons les gens sont habitués à voir un groupe rock de la façon suivante : quatre minets portant des jeans et des t-shirt noirs. Cette façon de s’habiller est devenue un uniforme. Parfois quand je feuillette les pages des magazines de rock j’ai l’impression de voir des photos de classe prises dans un collège privé ! Nous sommes l’antithèse de cette esthétique. Notre guerre avec Ebony Bones c’est une guerre contre le formatage, contre le conformisme de l’époque.
Jean-Charles De Castelbajac : J’ai passé ma jeunesse dans un collège militaire. C’était le choix de mes parents, qui viennent de l’aristocratie et de l’armée. Là-bas il n’y avait aucune musique, aucune fête, aucune fille, non plus. Je me suis mis à fantasmer sur les disques. Je suis devenu fan de Led Zeppelin et des Yardbirds. C’était mon moteur imaginaire pour échapper à l’autorité. Je vais avoir 60 ans cette année et je suis toujours un gamin fan de musique. Je réagis comme un enfant quand j’entends M.I.A ou Ebony Bones. Je veux que ces artistes m’acceptent dans leur monde.
Ebony pouvez-vous nous raconter votre jeunesse ?
Ebony Bones : Ma famille est originaire des Caraïbes, de Jamaïque plus exactement. Ma mère travaille dans la mode. Elle était sans arrêt en déplacement entre Paris, Milan, New York. Je ne l’ai pas énormément vue pendant mon enfance (silence). C’est mon père qui m’a élevé. Il tenait une petite boutique de disques dans le quartier de Brixton. Il connaissait les mecs de The Clash et quelques autres punk influencés par la tradition reggae. Son occupation, c’était de vendre des disques de punk à des black. Cela a plutôt bien marché (sourire).
Ebony Bones : J’ai déjà perdu mon âme par le passé. Aujourd’hui je n’ai plus envie de ça. A 15 ans je jouais dans un soap opera très populaire en Angleterre (ndr : « Family Affairs »). J’étais cette bimbo que les gens aimaient car je portais des tops moulants. À cette époque je suis devenue paresseuse et complaisante. Je n’avais aucun problème d’argent à 15 ans. Il a fallu, un jour, que je me réveille. Déjà à l’école, j’étais différente. Mes amis écoutaient Vanilla Ice, alors que j’avais déjà accès, grâce à mon père, aux disques des Talking Heads. Mon style s’est toujours défini entre deux mondes : celui de l’underground et celui de l’entertainment.
Quelle définition donnez-vous au style dans la pop ?
Ebony Bones : Le style c’est s’extraire de la masse, être audacieux.
Jean-Charles De Castelbajac : Exactement… Je ne suis pas de la même génération que vous, mais j’ai les mêmes idées à propos de la pop. Ah ! Comme je suis heureux d’entendre dire ce genre de chose. L’audace, c’est essentiel. Un look doit vous affirmer, pas vous faire rentrer dans le rang.
Aviez-vous des héros, Jean-Charles ?
Jean-Charles De Castelbajac : Oui, des guitar heroes ! La race la plus bizarre et la plus sulfureuse qui existe (sourire). Je leur trouvais une allure de chevaliers sortis d’un temps médiéval. Pour un jeune homme, ce genre d’image mythologique qu’il y a derrière les grands guitaristes est totalement attirante. J’ai aimé Jimmy Page, j’ai aimé Eric Clapton quand il jouait dans les Yardbirds.
Ebony Bones : J’ai un souvenir de moi, enfant, en train de marcher dans mon quartier de Londres. Souvent, il m’arrivait de croiser une vieille femme avec des dents bizarres et les cheveux rouges. Quand elle me souriait, je baissais les yeux (rires). Au début, cette vieille femme me foutait les jetons. On aurait dit une sorte de sorcière sortie de nulle part. Et puis, au fur et à mesure que je la croisais, je me suis mis à la trouver cool : « Papa ! Tu sais, plus tard je veux ressembler à la sorcière avec des cheveux rouges ! » Il s’est trouvé que la sorcière avec des cheveux rouge s’appelait Vivienne Westwood, la couturière qui a inventé le look des punks.
Jean-Charles De Castelbajac : J’étais perçu comme un OVNI dans la mode française. Dans les années 70, je suis parti à Londres. Je me trouvais dans le quartier de King’s Road. À cette époque, nous étions quelques-uns à avoir entendu parler de, « Sex », cette boutique de fringue géniale que tenaient Vivienne Westwood et Malcolm Mc Laren. Bref, je m’y rends. Quasiment en pèlerinage. Je me dis que cela va me donner des idées et je tombe en pamoison : il y a un t-shirt fascinant exposé en vitrine. Un t-shirt assemblé avec des os ! Je suis rentré dans la boutique et je me suis présenté à Vivienne et à Malcolm : « Hello, my name is Castelbajac ! I’m french ! J’aime beaucoup ce t-shirt. Pouvez-vous me dire comment vous l’avez conçu ? » Vivienne m’a répondu avec un sourire narquois : « Ah oui ! Ce t-shirt avec des os ! Il s’agit juste du résultat de notre déjeuner de la semaine dernière. Nous avons mangé chez Kentucky Fried Chicken ! »
Cette époque du punk a-t-elle encore une résonance pour les jeunes musiciens ?
Ebony Bones : Je suis une enfant du do it yourself surtout. Cette philosophie n’a pas pris une ride : « Tu veux arriver à tes fins, ne compte sur personne d’autre que toi. Fais tout par toi-même ! » De temps en temps des journalistes me demandent : « Ebony Bones, quels sont vos disques préférés ? » Je pourrais répondre des choses comme The Clash, Grace Jones, ESG, mais je pourrais aussi bien avouer mes vraies influences: les musiques de jeux vidéos, le son de ma machine à laver. Quand j’allais porter mon linge à la laverie automatique à côté de chez moi, il m’arrivait de penser à une musique en rapport avec ce son de laverie automatique. La bande son de l’époque c’est la rue, les sonneries de portable… Tout se mélange.
Ebony Bones : Dans les années 70 Bob Dylan écrivait la bande son de la contre culture, celle qui refusait la guerre au Vietnam. Ensuite il y a eu Patti Smith, David Bowie, Sex Pistols. Nous n’avons pas de porte-parole en 2009. Personne n’est assez dingue pour composer la bande son d’une époque qui se barre en sucette…
Si l’on vous suit, il y a plus de musique que jamais mais pas de courant dominant ?
Jean-Charles De Castelbajac : Au contraire je crois qu’on est en train d’assister à la renaissance d’une bande originale pour l’époque. Je pense à Ebony Bones, à MIA. Mais je pense aussi à des groupes electro pop comme Crystal Castles. Tous ces artistes sont atteints de ce que l’on pourrait appeler un syndrome de Peter Pan. Un syndrome de Peter Pan morbide. Tout le monde refuse de grandir. Peut-être d’abord car le monde des adultes n’est pas un territoire accueillant.
Cette bande son de l’époque que dit-elle exactement ?
Jean-Charles De Castelbajac : Prenez Crystal Castles, un groupe que j’adore. Quand je les écoute, j’ai l’impression de me retrouver dans le jardin d’un cimetière. Leurs sons de synthé, leurs bruits de machines, tout me rappelle Joy Division et la sensation que vous éprouvez quand il ne reste plus que le suicide. C’est de la cold wave, mais avec des visées kamikazes. Il faut se faire exploser en public ! La musique d’Ebony Bones, c’est pareil. D’accord, il y a des couleurs, de la fête, une ambiance de carnaval, mais les couleurs ne signifient pas forcément la joie. Quand j’écoute votre disque Ebony, je pense avant tout à la guerre. Je me dis : « Tiens cette fille a réussi à faire passer l’idée de la guerre dans son disque ! C’est bien, c’est actuel ! »
Ebony Bones : Continuez… C’est tellement pertinent !
Jean-Charles De Castelbajac : Il ne faut pas oublier que les couleurs sont d’abord des signes de guerre. Les peintures de guerre pour les Indiens, les drapeaux avec l’étendard des différentes armées qui flottaient avant de lancer une bataille… Non, vraiment les couleurs, cela peut être très violent !
CD « Bone Of My Bones» (Sunday Best/PIAS)
www.jc-de-castelbajac.com
Entretien réalisé par Fleur Breto et Jean-Vic Chapus dans la cadre de VoxPop numéro 10 (juin/juillet 2009)
www.voxpopmag.com

son art et son inspirations ne semblent plus être de ce monde.
vous remets les neurones en place ....il as envahi la planète..
le son qu'il diffuse commence a prendre place aux states
au japon etc....."electro" fait son chemin...."sex toys" enchaine....http://myspace.com/inox1