Sourya : La Pop Humanoïde
Espoir le plus sérieux de la scène parisienne des années 2000, le quatuor sort son premier album d’electro-pop qui fait bouger les jambes avec un sérieux supplément d’âme.

De ce premier album du groupe parisien Sourya, il convient d’isoler quatre titres parmi les plus tordus et mélodiquement bluffants qu’il nous aie été donnés d’écouter ces derniers temps. Il y a tout d’abord les deux ballades académiques qui parviennent à se tirer de l’embarassante impasse du cliché. Dominée par son piano répétitif et limpide, “Numéro 1“ dévoile son charme par petites touches de mélancolie clair obscure. “The Ballad Of Star Gigolo“ ringardise bien des pop songs récentes chantées en tirant dans les aigüs (Coldplay et Muse êtes-vous là ?), avec en prime, le solo guitare au milieu. Beaucoup ont le malheur de se risquer là-dedans, Sourya s’en tire haut la main. On comprend pourquoi un connaisseur du genre comme Alan McGee (l’homme qui a signé Oasis et My Bloody Valentine) chante partout leurs louanges Outre-Manche. Les Sourya auraient pu se limiter à ce savoir-faire, mais ils révèlent plus d’ambition que celle d’être de simples faiseurs particulièrement malins. “Stockholm 1973“ et surtout “Anatomy Domine“. Musicalement, on cotoie les spectres de Talking Heads ou Franz Ferdinand mais là n’est pas l’essentiel. Le propos nous renvoit à notre époque de technologie menant à la décadence de l’individu.
“Anatomy Domine“, file la métaphore de l’humain voulant devenir robot pour ne pas vieillir et mourir. Interrogé sur le sens de la chanson, Sou, le chanteur nous conforte dans ce qu’on pouvait imaginer de ses intentions : « J’avais envie de parler du culte du corps et de l’immortalité. Je me réfère à des thémathiques de dessins animés de mon enfance comme “Astro le Petit Robot“ ou “Galaxy Express 999“ qui était encore plus glauque. C’était l’histoire d’un petit garçon dont les parents mourraient au début. Il décidait de prendre un train de l’espace pour rejoindre une planète qui le changerait un robot et lui donnerait l’immortalité pour poursuivre les assassins de ses parents ». Ces quatre très grandes chansons servent donc de charpente à un disque soigné mais sombre dans la tonalité des albums tardifs des Beach Boys comme “Surf’s Up“. On a connu Sourya volontiers plus potache notamment sur des chansons comme “Love Song“ ou “For Girls“ parues sur leur premier EP de 2006. Comme en a témoigné son explosive participation au récent festival “Pop Up“ de VoxPop, le groupe a (provisoirement ?) rangé les guitares pour interpréter sa musique en version “électro-pop-Nintendo“ sur scène. Plus talentueux que la moyenne française et prêt à maltraiter son style de manière jubilatoire, Sourya est une des plus belles promesses de l’avenir de l’indie hexagonal.
Benjamin Durand
Album : « Dawdlewalk » (Massive Central – Discograph)
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