Beck est-il encore moderne ?
Beck, depuis 15 ans est l’un des artistes les plus fascinants de la scène musicale dite alternative. Il écrit de bonnes chansons. Il a une personnalité hors du commun. Il est un multi-instrumentiste talentueux et un touche-à-tout confirmé. Beck a un succès relatif au rang des stars mondial, mais assez remarquable pour le type de musique qu’il enregistre.
A la sortie de son nouvel album, « Modern Guilt », interrogeons-nous sur tout ce qui a fait la réputation de Beck pour faire un petit bilan…
1. Beck l’avant-gardiste
Depuis 2002 et « Sea Change », l’image de Beck n’est quand même plus si avant-gardiste que ça. Le style “postmodern chic“ qui lui collait à la peau ne l’était plus tant que ça. C’est bête il avait pourtant cinq ans d’avance sur le retour du folk. On ne lui en veut pas, même Bowie n’a pas été avant-gardiste toute sa carrière. Et qu’est ce que l’avant-garde musicale en 2008 ? Il n’y en a plus. A la place, plein de mini tendances, de croisements de styles différents selon les groupes…
2. Beck l’artiste alternatif qui cartonne avec « Loser » (voir clip en dessous de l'article)
Le truc c’est que « Loser » reste le meilleur exemple. Beck n’a jamais atteint de nouveau ce sommet dans les charts anglais et américains. La suite reste tout de même honorable, les singles de « Guero » ont bien pris, les titres de « Midnight Vultures » sont des classiques des dancefloors (du moins, ceux où on passe du rock). Le rapport succès / musique exigeante est plutôt très bon sur la durée.
3. Beck et ses shows simples et musclés
Là, c’est le flop total. On se souvient de multiples mises en scènes, simples et efficaces, de pas de danse ludiques, de marionnettes… Bref, on se souvient de Beck vivant et joyeux, et la dernière tournée laisse quand même à désirer. Le show est inexistant. Reste que musicalement son groupe est au top, mais on s’y ennuie un peu.
4. Beck et sa technique du collage de styles musicaux
Sur ce point, il a été largement dépassé. La fusion des styles et les années 2000 vont de pair, tout le monde s’y donne à cœur joie, des américains stars N*E*R*D aux anglais encore peu connus (mais que VoxPop vous recommande absolument) Late Of The Pier. Là où Beck fait la différence, c’est grâce à son bon goût légendaire. Sans citer de noms (trop facile), on en a eu des mélanges electro-rock franchement craignos, des raps sur des guitares rock absolument atroces. Alors, merci Beck d’avoir un minimum d’éducation musicale et de bon sens pour les mélanges !
5. Beck, auteur drôle et sarcastique
Au niveau de l’attitude, Beck semble ces derniers temps un peu fragile. Dans ses paroles, c’est un peu pareil. Il était réputé pour dire des choses avec quelques pirouettes bien dosées, chatouiller toujours un peu son auditeur, glisser discrètement son avis, asseoir sa position de gentil provocateur. Bref, il s’amusait dans ses paroles et nous aubssi en l’écoutant. Aujourd’hui, appelons ça la maturité si on veut puisque le terme est à la mode, Beck a l’air de ne plus contester. De ne plus se moquer. De ne plus. Alors il observe. Ces textes le mettent dans la position de celui qui regarde les choses. Pour de la pop, ça reste des très bons textes. Mais sur ce point,
Beck a changé. « Modern Guilt » est un album assez réussi. En tout cas par rapport aux critères que Beck s’était fixés (un album court, frais…). Le producteur Danger Mouse (Gorillaz, Jay-Z…) a du beaucoup s’amuser, et transforme complètement des chansons moyennes comme « Walls » en titres bondissants. On retrouve un son souvent proche du précédent album « The Information », un son mat à l’opposé des clichés rock, un son qui met en avant le rythme : les guitares ne coulent pas, les rythmiques sont sèches et souvent travaillées avec d’autre instruments qu’une batterie. « Modern Guilt », est une vraie grande chanson, agréable et simple, qui se retient bien. Le très pop « Chemtrails » est comme un bonbon à la fraise acidulé, à la fois rassurant et un peu surprenant, tandis que « Youthless » va chercher du côté du funk et du RnB.
Beck « Modern Guilt » (XL / Beggars)
Caroline Harleaux

J'adore l'éclectisme musical de Beck