Nouveau retour de The Cure
Robert Smith et ses Cure se rappellent à notre bon souvenir le 13 octobre prochain avec un nouvel album. Il est temps de se poser la question qui tue : est ce qu'on tient toujours la route quand on a près de 50 ans et toujours le même rouge à lèvre baveux ?
Vous serez pardonnés si ça vous a échappé, mais depuis le 13 mai, The Cure publie un nouveau single par moi extrait d'un nouvel album très symboliquement intitulé "4:13 Dream". Pour ces énièmes retrouvailles avec Robert Smith, on est comme toujours émerveillés par cette impossible tignasse noire et ce maquillage d'Halloween. Éternel adolescent, Smith déclare volontiers conserver ce look "parce que ça plait à sa femme". Mais qu'en est-il du mythe The Cure aujourd'hui, alors que le groupe peut se targuer d'avoir marqué le rock par ses deux incarnations contradictoires : une première culte et plutôt confidentielle, une seconde populaire et générationnelle.
Comme en France on n'est pas très forts pour le rock, on a vite fait de qualifier nos groupes nationaux qui sortent leurs disques de rock léger à 18 ans de "bébés rockers". Disons qu'en Angleterre, les musiciens sont plus évolués, en tout cas, le premier album de The Cure était déjà très mature alors que la moyenne d'âge du groupe était de 18 ans. De 1978 à 1982, le groupe va bénéficier d'un succès très modéré mais stimulé par une solide base de fans. Ce qui est encore plus drôle à constater, c'est que le groupe est du style "no look". Robert Smith lui-même a une tête d'étudiant nourri au Bolino quand il apparaît à la télé pour chanter les classiques de l'époque "Play For Today" ou "A Forest". En fait le chanteur développe un tempérament très nihiliste et autodestructeur qui trouve sa fascinante transcription musicale dans les disques "Faith" et "Pornography". Ce dernier album, noir et violent, clôt la période culte de The Cure. On a du mal à croire alors que Robert Smith va devenir une icône de midinettes des années 80 et une inoubliable "gueule" au même titre que Madonna ou Michael Jackson.![]()
La transition se produit grâce à des singles pop légers comme "Let's Go To Bed" ou "The Walk" qui révèlent autant un talent de compositeur à succès qu'une fascination évidente de Smith pour le groupe New Order. Le bouleversement se produit en 1985 avec l'album "The Head On The Door" qui tape dans le mille avec ses deux 45 tours parfaits : "In Between Days" et "Close To Me". En France, c'est l'avènement du "Top 50" de Marc Toesca qui participe à populariser de manière considérable l'humour de The Cure dans les clips ainsi qu'un look inoubliable de gothiques romantiques. Du coup, le groupe devient un phénomène de société. Tout le monde s'habille, se coiffe et se maquille comme Robert Smith. Les fans du groupe culte font grise mine tandis que les nouveaux remplissent les grandes salles de concert qui viennent d'ouvrir : Bercy ou le Zénith. Et bien sûr, consécration ultime, le groupe est parodié irrésistiblement par les Inconnus qui leur fait reprendre "La Zoubida" de Lagaf'. Le succès ne se dément pas au fil des albums et des 45 tours qui suivent. "Wish", disque pourtant inégal sorti en 1992, devient un best seller aux États-Unis et marque le pic de popularité du groupe. Après cela, on va se contenter de regarder The Cure vieillir, mais avec une certaine classe.
Les musiciens autour de Robert Smith changent souvent et les albums qui sortent peinent à garder une qualité constante sur la durée. Robert Smith menace souvent dans les années 90 de dissoudre The Cure pour entreprendre une carrière solo. Il ne franchit jamais le pas et semble se régénérer sur scène. Jusqu'à aujourd'hui, c'est effectivement le terrain où le groupe parvient plus qu'ailleurs à reprendre vie et une très fière allure. La présentation en un bloc du riche répertoire de The Cure a le mérite de mixer l'intensité inaltérable des titres des débuts du groupe ainsi que la fantaisie et la nostalgie des succès les plus populaires. Quand il s'agit d'écrire du nouveau, Smith se retrouve un peu perdu dans ses différentes incarnations. Il sait toujours réserver des moments savoureux comme dans le single paru le 13 août dernier, "The Perfect Boy". Réjouissons-nous donc de retrouver ce groupe essentiel, même si marqué par le temps et son image nostalgique. Son œuvre est une des plus conséquente de nos trente dernières années de rock.
Benjamin Durand

