Pour le retour des années 90
Avons-nous fait le tour de tous les revival ? Apparemment non. Ces jours-ci et les prochains encore, les années 80 vont toujours squatter le haut de l'actualité. Cela devient fatiguant. Surtout pour les moins de 35 ans. Au cinéma, nous savons partout (télé, radio, quotidiens, magazine) qu'il existe des biopic de Coluche et de Jacques Mesrine. Bientôt c'est le Palace- the club mythique !- qui ouvre de nouveau mais comme salle de spectacle comique (Valérie Lemercier inaugure). Dans la musique, cela fait maintenant cinq ans que l'on tourne et retourne la vieille terre nauséabonde qui bloque le cercueil de ces années 80 : rééditions de New Order, retour en grâce de la dispensable Grace Jones, nouvel opus atteint par le gâtisme des toujours affreusement coiffés d'un corbeau mort sur la tête The Cure, etc, etc... Peut-on dès lors poser cette question un tantinet naïve ? L'heure n'est-elle pas à inventer un futur ? « Ah ! Mais surtout pas actuellement, crétin. Il y a la crise. La crise financière, la crise du logement, la crise de confiance de la population envers sa classe dirigeante. La crise, merde ! Mieux vaut continuer à chercher des exemples dans le passé de ce qui marchait !» Bon, nous n'insisterons pas. Ou alors si. Et si on tuait le revival des années 80 et qu'on se penchait enfin sur celui des années 90 ? Il y a plus d'un mois le Suprême NTM se reformait sur la scène du Palais Omnisport de Bercy et, sincèrement, il s'agissait du concert de l'année. Energique, chorégraphié, politique. Le groupe de rap de Seine Saint Denis ramenait avec lui tout un bel esprit de confrontation qui vient, des années 90. Se faire sa place en gueulant contre l'état des banlieues qui se déteriore, contre le F.N, contre les grosses maisons de disques qui censurent par l'argent. Pas penser que « C'est déjà ça ! » peut remplacer « Plus jamais ça ! » Pas l'idéalisme experimental des années 60 et 70. Pas la tiédeur affectée des années 80 maniaco dépressives, ni le nihilisme des années 00 déjà flinguées. Oui, à cette époque on pouvait écrire comme Kool Shen et Joeystarr « Allons à l'Elysée brûler les vieux et les vieilles. Faut bien qu'un jour ils payent » (« Qu'est-ce qu'on attend ? ») ou « Police machine matrice d'écervelés pleine de vice mandatée par la justice sur laquelle je pisse » (« Police »). D'accord, ces textes font dans la provocation adolescente. Ils manquent sans doute de subtilité. Il n'empêche c'est ce que chantaient NTM entre 1991 et 1998 qui forme la meilleure B.O de l'époque en manque de combats frontaux. Que demander à la musique en cette fin 2008 ? Une réévaluation à la hausse de l'icône grunge Kurt Cobain, d'abord. Ce garçon n'aimait pas la vie publique. Mal à l'aise dans le star system. Rien que pour ça, il nous semble moins confus que Pete Doherty et Amy Winehouse, ou plutôt que leur image troublée par tabloïds interposés. Mais encore ? Un retour de Noir Désir pour foutre au rencard Luke et consorts. Un album de My Bloody Valentine terminal, toutes guitares liquides dehors. Une reformation de Pavement. Un nouveau chef d'œuvre rap malsain comme « The Chronic » de Dr Dre. Un dernier revival pour la route ? Après ça, il faudra se pencher sur le vrai chantier : inventer, l'avenir.
Jean-Vic Chapus
http://www.voxpopmag.com/ - VoxPop
n°6 spécial villes, disponible en kiosques et relais presse

Nous on a choisi de reprendre les groupes que l'on a aimé... disparus ou pas...
Venez nous écouter pour vous faire une idée.
http://www.gonzai.com/fear-loathing-sur-le-106/
Je me passerai volontiers des complexes d'infériorités qui font qu'un mec (ou une fille) de Paris ne peut surtout pas émettre le moindre jugement sur la Province sans passer pour un snob-bobo-parisianiste. Je trouve triste que la seule chose que des personnes puisse faire en voyant venir des nouvelles têtes - encore jeunes qui plus est - est exprimer un jugement négatif et péremptoire.