Le meilleur groupe français vit à Londres
La France n'a jamais considéré son rock. Ni en province, ni à Paris. D'ailleurs qu'est-ce qui est rock en France ? De la chanson. Celles de Reggiani et Gainsbourg pour les morts. Celles de Bashung et de Miossec pour les vivants. Pas d'invitation sur les plateaux télé en prime time quand on préfère citer Joy Division et le Velvet Underground plutôt que les affreux Téléphone. Pas de respect condescendant de l'industrie du disque parisien quand on refuse de jouer le jeu du brave petit rocker méritant, prêt à écumer sans relâche les tremplins miteux de festivals pour gagner sa croûte.
C'est sans doute à ce titre que le couple formé par John & Jehn a décidé de s'expatrier à Londres. L'un vient d'Angoulême (John). L'autre (Jehn) a passé son enfance à Poitiers. Selon leur expression : « Un jour, on s'est barré en Angleterre, vachement déçu par la France et l'état de la musique. On a décidé de dire non à la merde ! » Reçu par un flot impressionnant de critiques positives (Steve Lamacq, DJ star de Radio 1, adore, chroniques enflammées dans les colonnes du NME) le premier album de ce duo expatrié est effectivement une des choses les plus fascinantes et crues que l'on a entendu depuis longtemps. Physiquement John & Jehn ressemblent à deux jeunes acteurs d'un film signé Philippe Garrel ou Leos Carax. Ils trimballent toute une fièvre sonique et romantique qu'on a pas vu depuis les années Taxi Girl et Rita Mitsouko. Malgré l'utilisation exclusive de la langue anglaise, le duo peut-il avoir le même succès que Catherine Ringer et Fred Chichin ? Loin d'être sûr. Le niveau de cette pop est nettement plus claustrophobe et négatif que dans les années d'avant. Ce petit disque qui pourrait tout à fait passer inaperçu parle mieux que n'importe quel groupe actuel (exception faîte de The Kills) de tout ce que provoque « le poison mortel de l'amour » : illumination de la rencontre, désir obsessionnel pour le corps de l'autre, cicatrices intérieures que l'on gratte quand il (elle) est parti(e). Voilà. Il s'agit du seul disque français qui vaille vraiment le coup en 2008. Le seul à dévoiler des chansons comme « Survive » ou « 20L07 » totalement écorchées et à vif. Le seul qu'il ne faut pas télécharger, mais acheter. Le seul à ne pas renier une certaine idée du romantisme à la française. Le seul qui vient de jeter un pont en corde entre Ian Curtis et Serge Gainsbourg. Notre pays qui croit que Carla Bruni c'est Jackie Kennedy mérite-t-il John & Jehn ?
Jean-Vic Chapus
http://www.voxpopmag.com/ - VoxPop
n°7 spécial futur, disponible en kiosques et relais presse
CD « John And Jehn » (Faculty Music Media/Discograph)

Noir Désir, No One Is Innocent, ce sont des ronds de flan ? Si vous cherchez du rock en France, c'est vers eux qu'il faut se tourner...