Les Beatles en jeu vidéo
Vendredi dernier Paul McCartney, Ringo Starr et les veuves de John Lennon et George Harrison ont donné leur bénédiction (contre royalties conséquentes, faut pas rêver non plus !) à la sortie d'une version Spécial Beatles du jeu Rock Band.
Pour résumer grossièrement le paysage concurrentiel des jeux vidéos musicaux, il y a deux grands ennemis qui se disputent ce marché prometteur : Guitar Hero et Rock Band. Le premier, sorti en 2005, a bénéficié d'une efficace promotion et d'un quasi monopole sur le secteur pendant trois ans. Rock Band est arrivé au printemps dernier apportant les accessoires du micro et de la batterie à l'arsenal d'instruments virtuels limité à la sacro-sainte guitare électrique chez la concurrence. C'était un peu léger pour être menaçant, avec les Beatles le coup risque d'être plus rude.
En effet, Guitar Hero avait eu l'intelligence de copieusement piocher dans le répertoire "gold" du rock des années 70 pour notamment sensibiliser et rassurer les parents sur la musique "pratiquée" virtuellement par leur "nerdes" progénitures : The Rolling Stones, Deep Purple, The Police... La franchise a même édité récemment deux éditions de son jeu consacrées à deux groupes de rock mythiques : Aerosmith et Metallica. Et les "geeks", fans de musique ou pas, s'en donnent à cœur joie. Sur le sujet, je vous recommande la lecture du dernier "VoxPop" (novembre-décembre 2008) pour découvrir un reportage de 6 pages chroniquant une journée ordinaire d'accros à Guitar Hero, devant leur écran.
Pourquoi le Rock Band Beatles va tout changer ? Les Beatles ont un rayonnement culturel qui va au-delà de la culture rock. Si on imagine facilement les garçons de deux générations clients potentiels des jeux consacrés à Metallica et Aerosmith, un jeu sur les Beatles va s'avérer beaucoup plus familial et consensuel et plus féminin aussi. Si vous êtes déjà allé à un récent concert de Paul McCartney, vous aurez pu constater l'incroyable rassemblement de personnes de milieux sociaux différents et surtout le fréquent rassemblement de trois générations d'une même famille autour du même artiste.
Les Beatles ne sont pas le seul groupe à mettre d'accord trois générations, il est simplement celui pour lequel le phénomène est le plus massif. J'ajouterais même que l'argument Beatles risque de booster les ventes de consoles et de jeux au sein de familles auparavant réfractaires "culturellement" au principe et qui ne pourront résister à une bagarre générale pour obtenir le meilleur score sur "A Hard Day's Night" au pied du sapin de noël.
L'excitation autour du futur jeu est forcément légitime. Il nous suggère un simple regret, celui de voir disparaître encore davantage l'impact subversif de l'œuvre du groupe de Liverpool. Cette musique qui, au moment de sa sortie, était porteuse d'une impulsion émancipatrice, divisait les générations, faisait trembler les establishments... Cette musique reste un lien social mais de plus en plus vidé de son sens par la loi du marché. Voici les Beatles condamnés à rester à perpétuité des pantins joviaux ou les cartoons de "Yellow Submarine", toujours prêts à être consommés.
Par Benjamin Durand
http://www.voxpopmag.com/ - VoxPop
n°7 spécial futur, disponible en kiosques et relais presse
