“Un groupe ça s’arrête passé 33 ans“
Le titre de ce post est une citation de Chris Martin, chanteur de Coldplay.
Cette semaine, les nombreux fans des populaires Coldplay n'ont pas forcément percuté, mais Chris Martin, chanteur et mari de la charmante Gwyneth Paltrow, a déclaré que Coldplay cesserait sans doute d'exister à la fin de 2009. Puisqu'on n'y est pas encore, inutile de commenter cette séparation qui n'est pas encore effective. En revanche, beaucoup plus intéressants sont les arguments avancés par Chris Martin pour justifier pareil dépôt de bilan d'une affaire pourtant très rentable : l'âge du capitaine. Il déclare : « J'ai 31 ans et je ne pense pas qu'un groupe doive continuer une fois 33 ans passés. Je préfère profiter du moment présent tant que j'ai encore tous mes cheveux ». Peu importe qu'on aime Coldplay ou pas, Chris Martin demeure un personnage sympathique et attachant dont on avait aimé la confession à la sortie de "Viva La Vida" : « Si je me laissais aller à écouter mes envies profondes, j'écrirais des chansons moyennes (...). Ce qui me donne l'inspiration c'est le respect du public, imaginer ce que les gens ont envie d'entendre... ».
C'est sans doute dans ce souci de son public ainsi que dans une observation rationnelle de ses collègues qu'a germé l'idée somme toute logique de la fin de son groupe. N'est-ce pas la logique même d'ailleurs ? Un groupe, c'est quoi ? Une bande d'individus qui se cherchent en tant que personnes, en tant que musiciens et qui sont en quête de succès et de reconnaissance. Et que se passe-t-il quand on remplit des stades, quand tous les albums sont des best sellers et surtout quand les mariages et les paternités parasitent inévitablement la dynamique du groupe ? L'innocence ne peut que disparaître et l'émulation collective du groupe s'en voir affectée. N'oublions jamais que les Beatles se sont séparés quand ils approchaient de la trentaine. Il suffit d'écouter les premiers albums solos sortis par Lennon, McCartney et Harrison, ces mecs voulaient parler de leurs problèmes personnels, célébrer la vie de famille, la paternité...
Discutant avec Johnny Borrell, leader du groupe Razorlight, dans le cadre de son interview pour la couverture de VoxPop, je lui expose la problématique suivante : "Prenons deux catégories de groupes. La première réunit The Rolling Stones, U2 et Oasis. Ces groupes n'ont plus sorti d'albums pertinents ou intéressants depuis belle lurette, ils ne sont plus de jeunes groupes et ne sortent des disques qu'afin de faire des tournées lucratives. Seconde catégorie, mettons-y The Beatles, The Smiths, The Jam : que des groupes à la discographie pertinente et qui se sont séparés au sommet de leur popularité. De quelle famille Razorlight se sent la plus proche ?
Et à l'une des idoles actuelles du rock dit FM de me répondre ainsi :
« Il y a dans ces exemples deux façons complètement différentes de concevoir un groupe. Je crois que pour la première catégorie, un groupe est un orchestre qui donne des concerts, pour la deuxième, la priorité ce sont les disques qu'ils enregistrent. Concernant la première catégorie, ils perpétuent leur nom, leur répertoire en tournant. C'est merveilleux. C'est comme Iggy Pop, cite-moi un disque potable qu'il aurait sorti récemment, tu n'en trouveras pas. Je l'adore mais quand même. Et ça ne m'empêche pas d'être le premier à aller voir Iggy Pop sur scène. Ces gens sont des performers, ils aiment avant tout donner aux gens. Leurs albums ne sont que des prétextes. Pour la seconde catégorie, c'est encore plus clair, dès l'instant où les Beatles ou les Jam ne pouvaient plus faire de disques ensemble ils ont arrêté. Les Rolling Stones (pour qui Razorlight a ouvert en 2006 ndlA.), c'est une machine. Leur longévité est formidable et d'un autre côté, on peut y voir le summum du cynisme. Pour ma part, ma plus grande responsabilité est de faire ce en quoi je crois le plus. Le jour où Razorlight ne m'apportera plus ça, ce sera fini. D'un autre côté j'adore tourner. S'il fallait choisir, je me mettrais plus volontiers dans la catégorie des groupes privilégiant les disques. »
À en lire la récente déclaration de Chris Martin, j'ai l'impression que lui aussi préfère marcher dans les pas des Beatles plutôt que ceux des Rolling Stones concernant sa gestion de carrière. Que les fans se rassurent, il reste une tournée de stades à boucler pour Coldplay avant de raccrocher... ou pas.
Benjamin Durand
http://www.voxpopmag.com/ - VoxPop
n°7 spécial futur, disponible en kiosques et relais presse
